Bien.

Nous attaquons cette nouvelle semaine avec l’or. Pourquoi l’or ?

Certes, et la mise à jour de notre « trio étalon » en témoigne, c’est tout autant sinon davantage encore le pétrole et l’eurodollar qui montrent des mouvements intéressants.

Cependant, nous voulions nous focaliser sur le métal précieux afin de mieux le décortiquer, mais également afin de refaire un point sur le fameux précepte qui dit que l’or, valeur refuge, est un bon indicateur de contre-tendance des marchés indices/actions. Cet adage est-il toujours vrai ? Nous allons tenter de le savoir…

Ceux d’entre vous qui suivent mes analyses connaissent déjà mon point de vue. Celui-ci n’a pas encore changé. Mais une remise à jour semblait nécessaire à l’approche de mon premier objectif.

Aussi, je vais à nouveau entamer cette mise à jour par une vision de long terme, à la fois utile et pertinente. Regardons ensemble le graphique suivant :

Source : www.traderforce.com

Une configuration de long terme exemplaire

En observant le graphique ci-dessus, pris en base mensuelle depuis les années 1970, on remarque deux choses évidentes : une tendance globale foncièrement haussière et une large période de consolidation relativement plane qui s’est dessinée sous forme d’un triangle classique durant les années 1980 et 1990.

Dès lors, le biais haussier a repris ses droits et la sortie du très large triangle en question a induit un potentiel d’appréciation qui ne semble pas encore totalement épuisé !

Mais, comme à l’accoutumée, soyons plus précis dans nos remarques…

Trois grandes phases qui se distinguent

  • Phase I – première hausse : inutile d’y passer une heure, puisqu’il s’agit d’une très nette et impulsive phase de hausse que l’on distingue de la fin des années 1970 jusqu’à environ septembre 1980 sur le graphique. Phase durant laquelle les cours de l’once ont pris pas moins de 720 % !
  • Phase II – consolidation : là encore, graphique éloquent. Durant environ deux décennies (de 1980 à 1999 plus précisément), les cours de l’once en dollars ont temporisé, dessinant une figure de consolidation très classique en termes d’analyse technique. Comme je vous le disais plus haut en effet, cette phase de consolidation a pris place sous la forme d’un large triangle légèrement descendant. Je vous invite ici à lire le paragraphe ci-dessous que j’ai consacré à une définition sommaire mais précise de ce type de figure.
  • Phase III – nouvelle hausse : toujours de façon aussi nette, depuis le début des années 2000, les cours de l’once d’or sont à nouveau entrés dans une période euphorique et sans appel. Si, comme je vous le disais également plus haut, cette phase n’est pas encore terminée, on notera que l’once en dollars à tout de même pris pas loin de 500 % en 10 ans !

Les triangles : figures de continuation

Il existe, en terme d’analyse graphique ou technique, des configurations diverses qui prennent des formes de figures. Parmi ces configurations, certaines sont dites « de retournement » et d’autres « de continuation ».

Le triangle est l’une de ces dernières. Il s’agit en fait d’une figure qui prend place lors d’une phase de consolidation et qui doit avoir lieu en cinq vaguelettes (généralement notées a, b, c, d et e) de tailles décroissantes.

A la sortie d’une telle figure, on peut calculer un objectif théorique en reportant le mouvement précédent l’entrée dans le triangle à la sortie de celui-ci. Il existe trois catégories de triangles : ascendant (base au dessus), symétrique (pas de base, comme sur le graphique du Gold ci-dessus) et descendant (base en-dessous).

Enfin, il paraît logique que le potentiel de mouvement à la sortie d’une telle figure soit souvent conséquent, puisque proportionnel à l’amplitude du mouvement qui précédait l’entrée dans ledit triangle.

Où en est-on : état des lieux ?

Comme vous venez de le lire plus haut, nous sommes en plein dans la phase III qui, au sortir du large triangle, offre un potentiel de hausse important et manifestement encore non épuisé.

On notera la très belle sortie du triangle (que je vous ai indiquée sur mon graphique) en décembre 2002, après un pullback propre et classique sur la base inférieure.

Pour ceux qui se le demanderaient légitimement, voici ce qu’on appelle « pullback » dans le jargon de ma discipline : de l’anglais pull qui signifie « tirer » et back qui signifie « en arrière » on peut deviner approximativement ce que signifie un support ou une résistance en pullback.

Il s’agit en effet d’un niveau qui faisait office de support ou résistance et qui, une fois devenu caduque, joue le rôle inverse de résistance ou support en pullback, justement. Prenons un exemple pour mieux comprendre : imaginons un canal descendant qui enfermait l’évolution des cours d’un sous-jacent quelconque durant une période donnée. Puis, les cours finissent par franchir à la baisse la borne inférieure du canal en question. Cette même borne pourra jouer, par la suite, le rôle d’oblique de résistance en pullback. Cet exemple peut s’appliquer pour tous les types d’obliques dans le paysage des figures chartistes : triangles (comme ici), drapeaux, biseaux, etc.

Enfin, on notera sur notre graphique la présence, depuis la sortie de ce triangle, d’une forte oblique de support ascendante qui plaide elle aussi pour mon scénario haussier.

Que devrait-il se passer maintenant ?

Sans écarter une « légère » correction initiale (essoufflement des cours) et tant que le palier majeur psychologique des 1 000 $ l’once n’est pas nettement enfoncé, la poursuite de la hausse devrait mener les cours vers le prochain objectif de projection de long terme situé sur les 2 040 $ l’once. Scénario à valider toutefois en dépassant la forte résistance intermédiaire qui se trouve très proche, sur les 1 640 $ l’once.

Alternativement cependant, la cassure du seuil des 1 000 $ l’once devrait mener tout droit à un nouveau test du fort overlap de septembre 1980 situé sur la zone des 700 $ l’once. Zone qui a déjà joué son rôle à deux reprises, comme indiqué sur mon graphe par les flèches rouges.

Et à plus court terme ?

Vous l’avez peut-être vu sur notre page du trio étalon, nous restons positif sur le court terme concernant les cours de l’or. En effet, comme nous le disions et le dessinions la semaine passée, un repli initial a bel et bien eu lieu sur les cours de l’once, et le RSI, alors en zone de sur-achat, vient de se poser sur sa zone de neutralité. Les cours sont venus retracer environ 61,8% de la dernière jambe de hausse et commencent à peine à se ressaisir. Il devrait cependant manquer au moins une vague de hausse au sein du rallye initié en janvier dernier, avec un overlap pour le moment respecté.

Source : www.traderforce.com

Stratégiquement, profitez du repli actuel pour vous positionner autour des 1 500 $ l’once avant de viser une nouvelle jambe de hausse tout droit en direction du prochain objectif de projection situé sur les 1 640 $. Ce scénario restera valable tant que le dernier overlap de décembre 2010 situé sur les 1 430 $ l’once ne sera pas nettement enfoncé. Alternativement cependant, un passage sous les 1 430 $ serait de fort mauvais augure : visez dans un premier temps en effet les 1 315 $.

Un contre-courant édifiant… mais intemporel ?

Nous venons de faire l’analyse technique des cours de l’once d’or en dollars. Attardons-nous ici-même sur un facteur remarquable – au sens de « qui vaut la peine d’être souligné » – de l’évolution de ces cours, et voyons ce qu’on peut en conclure d’intéressant.

Sur les quarante dernières années, les cours de l’or sont dans une tendance clairement positive. Cependant, à partir des années 1980 et jusqu’au début des années 2000, le gold a relativement stagné, entrant dans une phase de temporisation en dents de scie qui aura donc duré vingt ans.

Il est alors plus qu’intéressant de noter que cette période correspond, sur l’ensemble des indices majeurs mondiaux, à une véritable période d’euphorie, avec notamment le boom du phénomène Internet.

Puis, depuis le début du XXIe siècle, le métal précieux est à son tour entré dans une phase prodigieuse, s’appréciant en une décennie à peine de près de 500 % de sa valeur !

Et, que remarque-t-on alors ? Eh bien que cette même période correspond à une large période de temporisation sur les marchés indices/actions qui ont vu coup sur coup deux grandes vagues de forte baisse sans jamais repartir dans une véritable tendance leur permettant de rendre caduque les sommets de la fin des années 1990.

Cette remarque frappante apporte donc un sursaut d’inquiétude légitime quant à l’évolution des marchés indices/actions et il me semble assez intéressant de s’interroger désormais sur la légitimité de l’intemporalité d’un tel adage.

En effet, peut-on avoir une once d’or ET des indices haussiers sur le long terme ? Si oui, que cela pourrait-il signifier sur la nouvelle donne macroéconomique ? Si non, qui de l’once ou des indices sera amené à se retourner ?

Une énième fois, la réponse à cette question cruciale se rapproche… et nous restons suspendus à un verdict qui déterminera bien des choses pour les investisseurs que nous sommes !

A bon entendeur

Marc Dagher