Suite à la forte chute du CAC (et des indices en général) ce vendredi, j’ai reçu un message en commentaire de mon article précédent d’un lecteur qui soulevait des questions pertinentes et qui terminait son post par la question suivante : « Mais comment donc pouvoir prévoir ce genre de chose 24H à l’avance ? ».

En commençant ma réponse à ce message, j’ai fini par réaliser que j’en avais suffisamment à dire pour en faire ici-même un petit billet.

Alors, pardon pour ceux qui l’auraient déjà lu, mais pour les autres, voici une métaphore que nous pouvons faire sur l’évolution des marchés depuis ce nouveau millénaire ; métaphore qui, ma foi, me semble fort judicieuse.

Je vous copie/colle telle quelle ma réponse à ce lecteur :

« C’est justement toute l’essence et la difficulté de ce métier. Les risques de variation systémiques sont permanents désormais. On le sait. Ce n’est pas pour autant qu’on arrive à bien s’en sortir. D’abord, il faut apprendre à se connaître soi-même. En effet, ça peut paraître idiot voire démago, mais pas du tout : en chacun de nous dort un type d’investisseur, qui va agir selon sa personnalité. Certains seront agressifs, d’autres prudents, d’autres iront sur du long terme en gestion, d’autres feront de l’intraday en trading, etc. C’est important de savoir comment l’on fonctionne quand on se heurte à la réalité du marché. Aussi, certains, comme moi, auront tendance à être plutôt baissiers (les bear) et d’autres, plutôt haussiers (les bull). Quand on a démarré en Bourse juste avant les années 2000, on imagine aisément comment on a un biais qui, même s’il peut parfois être tronqué, reste toujours prudent quant à jouer la hausse. C’est mon cas, et je le sais. Maintenant, même si, depuis début 2000, la tendance a pu varier, deux choses restent à mes yeux très importantes à noter :

– Primo, on reste dans une large phase corrective avec un bilan négatif dans l’évolution des cours.
– Secundo et surtout, on baisse toujours plus vite et plus intensément qu’on ne monte !

C’est de ce second point que découle la plupart de ma stratégie. En effet, même si ça peut être dommage de manquer certaines phases de hausse, sur des produits tels que les turbos, il est toujours préférable de jouer de fort mouvements avec plus de conviction.

Ce qui s’est passé ce vendredi est, une fois de plus, typique de ce postulat (qui va finir par devenir un théorème) : après 4 jours de hausse et en une seule journée, on a ramené le CAC à son niveau d’ouverture du lundi ; perdant ainsi tout ce qu’on avait gagné alors.

Je ne vais pas recommencer à dire avec arrogance qu’on va se prendre une belle vague de baisse à partir de lundi, mais, de façon tempérée, ça reste mon sentiment, avec un retour très probable sous les 3000 pour commencer.

Enfin, je voudrais terminer ce message par une image qui me paraît pour le coup très pertinente quant à l’évolution des indices actuellement (et ce depuis les années 2000) : imaginez que vous vous trouviez en bas d’une piste de ski après une chute, et que vous deviez remonter par la force des bras et des jambes sans aucun soutien jusqu’au remonte-pente qui se trouve plus haut devant vous. Vous allez faire de votre mieux pour avancer, pas à pas, laborieusement. Parfois, vous arriverez même à remonter régulièrement sur une bonne partie, mais pourtant, les rechutes sont inévitables et fatales, puisque vous glissez soudain bien plus facilement que vous n’êtes monté. Alors, vous recommencez, vaillant, en sachant qu’une fois le remonte-pente atteint, vous serez tiré d’affaire ; sauf que cet objectif est très difficile d’accès, et vous ne cessez de recommencer, en retombant chaque fois bien plus vite que vous n’étiez monté…

Eh bien,c’est un peu ça le marché que nous vivons depuis ce nouveau millénaire. Un marché fait d’investisseurs craintifs, dans une économie difficile et douloureuse… Un marché qui n’a plus confiance en la forte tendance haussière… Un marché qui hésite, qui perd ses repères… Un marché qui attend d’atteindre ce fichu remonte-pente et qui, une fois qu’il l’aura atteint, se verra à nouveau pousser des ailes pour retrouver de nouveaux sommets ! »

A bon entendeur…

Marc Dagher