EVERGRANDE : UN GRAIN DE SABLE DANS LES ROUAGES ECONOMIQUES DE LA CHINE

« Rétablir la grandeur et la prospérité de la Chine, avec l’objectif de lui redonner une place centrale dans le monde horizon 2049 » telles étaient les aspirations du Parti communiste chinois en 1949. Néanmoins, l’empire du milieu devenu, depuis, la deuxième puissance économique mondiale en moins de 80 ans montre des signes d’essoufflement. Un évènement récent met en effet en lumière les limites du système économique chinois : l’affaire Evergrande. La planète finance tremble, mais ce colosse de l’immobilier doit-il réellement l’inquiéter ?

 

EVERGRANDE, LA CHUTE D’UN EMPIRE

Le 19 janvier 2021 marque le début de la descente aux enfers pour Evergrande. Son action perd plus de trois quarts de sa valeur en moins de 9 mois passant de 17,26 HKD en janvier à 3,02 le 14 septembre 2021. Aujourd’hui, considéré comme le troisième promoteur immobilier chinois avec un chiffre d’affaires estimé à plus de 70 milliards d’euros, le groupe est impliqué dans plus de 1.300 projets à travers 280 villes avec 200.000 employés à sa charge. Evergrande, situé dans la ville de Shenzen, est un mastodonte en Chine. Qui en est à l’origine ? Un certain Xu Jiayin, considéré pendant quelques années comme l’homme le plus riche d’Asie. Actuellement âgé de 62 ans, ce milliardaire fonde Evergrande en 1996 et construira, comme premier projet, 323 appartements qui se vendront en quelques heures seulement.

Il s’ensuit une ascension impressionnante. En 2009, le groupe lève l’équivalent de 7,6 milliards d’euros lors de son introduction en bourse et devient le plus grand promoteur immobilier de Chine. Début 2010, le groupe investit tous azimuts dans des projets comme le rachat du club de football de Guangzhou, les véhicules électriques, le tourisme ou encore l’eau en bouteille. Aujourd’hui, les engagements financiers d’Evergrande concernent 128 banques et 121 institutions non-bancaires selon BFM bourse. Fin août, le groupe déclare qu’il est exposé à des risques de liquidité et de défauts de paiement. Mercredi 22 septembre, Evergrande déclare qu’il ne sera en mesure de payer qu’une partie de ses intérêts sur une petite partie de sa dette.

Seulement voilà, le groupe est criblé de dettes, elles pourraient atteindre plus de 260 milliards d’euros. La faillite d’Evergrande est envisageable et laisserait inachevés, selon le journal La Tribune, plus de 1,4 milliards de logements pour une valeur totale de 170 milliards d’euros. Les répercussions de l’effondrement de cette entreprise, selon certains économistes, entraîneraient des conséquences sur l’ensemble du système financier chinois et pourraient, à terme, paralyser le crédit avec de graves problèmes économiques et sociétaux. Le gouvernement chinois ne montre pas pour l’instant de signes qui pourraient être interprétés comme une main tendue vers le groupe. Pour quelles raisons le groupe est-il arrivé à cette situation ? Pourquoi le gouvernement chinois ne vient pas en aide à Evergrande ?

 

UNE ASCENSION FULGURANTE POUR UNE CHINE PUISSANTE ET PROSPERE

Pour comprendre la chute d’Evegrande, il faut revenir quelques décennies en arrière, plus précisément en 1949. Durant cette année-là, Mao Zedong, alors président du parti communiste chinois, proclame l’avènement de la République Populaire de Chine. C’est le début d’une longue épopée où la Chine va revenir, non sans mal, sur le devant de la scène en devenant « l’usine du monde ». A cette époque les objectifs sont clairs : redonner à la Chine sa grandeur d’antan et une place centrale dans le monde à l’horizon 2049. En 1950, selon le site Asialyst, la Chine ne représente alors que 4,6% du PIB mondial avec une part dans les échanges mondiaux de moins de 1%. Mao Zedong va alors pousser le peuple pour effectuer une restructuration profonde du pays qui aura des répercussions importantes, provoquera des famines et, selon certains chercheurs, la mort de plus de 55 millions de personnes.

A la fin des années 1970, Mao Zedong décède et laisse derrière lui un pays décimé. La Chine ne représente plus que 1,7% de l’économie mondiale. C’est seulement à partir du début des années 80 que le pays entrera dans une progression économique sans précédent comme il est écrit dans un article du site Asialyst : « L’abandon des communes populaires et de la planification centralisée, la généralisation progressive des mécanismes des marchés agricoles comme industriels, la liberté des prix, la privatisation par étapes successives, le développement rapide des infrastructures et l’orientation vers l’exportation sur le modèle japonais ou coréen, produisent des résultats spectaculaires : la croissance économique dépasse 10% par an pendant 25 ans, la part du commerce extérieur dans le PIB explose (elle passe de 5% du PIB en 1970 à près de 50% en 2010), la Chine devient le premier exportateur mondial, les zones économiques spéciales attirent une masse croissante d’investissements étrangers qui font du pays l’usine du monde. »

Le début des années 2000 est pour la Chine signe d’une forte croissance. Elle va fonder son économie sur les exportations et les importations mondiales. Selon le site Carin.info : « Entre 2003 et 2007, la Chine a maintenu un taux de croissance à deux chiffres en accroissant la dépendance de son économie au marché international, et cela pour plusieurs raisons : une surcapacité de production domestique, une demande intérieure encore faible et une augmentation de la demande extérieure à la suite de l’afflux de fonds étrangers dans le secteur manufacturier. En 2006, le taux de dépendance extérieure de la Chine s’est élevé à 66% alors qu’entre 1980 et 2001, les pays comme les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Allemagne ont enregistré des taux relativement stables qui varient entre 14% et 20%. »

La crise de 2008 n’épargne pas le pays avec un PIB qui chute de 2,6% en 2007 et de 0,8% en 2008. Malgré un taux de croissance de 9% pour l’année 2008, celui-ci reste nettement inférieur aux années précédentes avec 15% par exemple en 2007. À la suite de cette crise, beaucoup de personnes se retrouvent au chômage ; on compte 25 millions de travailleurs sans-emploi après une vague de fermetures d’usines situées sur la côte chinoise. Pour contrer le mal, les autorités chinoises vont stimuler la demande intérieure avec un plan d’investissement de 4.000 milliards de RMB (Yuan) en orientant, en parti, les investissements vers le secteur de la construction, un secteur rapidement mobilisable et gourmand en main d’œuvre. Le crédit coule à flot, le prix de l’immobilier explose et les investisseurs affluent en masse. Ce qui amène, le secteur de l’immobilier à peser plus de 29% du PIB. C’est dans ce climat opportun que Xu Jiayin a réussi à développer son groupe de manière efficace pour conduire Evergrande au sommet.

 

LA CHINE ET EVERGRANDE ; XI JIPING ET LE CAPITALISME

Le président Xi Jinping, secrétaire général du Parti communiste, déclare le 17 août 2021 « une prospérité commune d’abord et avant tout ». Il est vrai que le pays fait face à des inégalités de revenus énormes ; 1% des Chinois les plus riches détiennent 30,6% de la richesse nationale selon une étude du Crédit Suisse. Le journal Le Monde écrit : « selon le premier ministre, Li Kequiang, 600 millions de chinois vivent avec moins de 130 euros par mois ». Xi Jinping et son parti veulent une redistribution des richesses. Cela se traduit par des mesures fortes et pas toujours appréciées de l’élite chinoise. Ainsi, le 26 août dernier, le gouvernement présente un programme qui, selon le journal Le Monde, déclare, entre autres, comme propositions : « de limiter les salaires déraisonnables » (sans en fixer les montants) et surtout de revisiter totalement le système fiscal, en diminuant les impôts indirects, surtout payés par les familles modestes, et d’introduire progressivement des taxes sur « la propriété, notamment foncière, et sur l’héritage ».

Ainsi, à l’image du célèbre milliardaire chinois Jack Ma, président de la société Alibaba, qui a disparu après avoir prononcé un discours critique contre les autorités, et qui est revenu sur le devant de la scène en déclarant qu’il était « plus déterminé que jamais à aider l’éducation et le bien public », les grosses entreprises chinoises et leur lot de millionnaires et milliardaires vont devoir rediriger leurs investissements vers des projets sociétaux et responsables. C’est la raison pour laquelle, entre autres, des entreprises comme LVMH, Kering ou Hermès ont subi quelques secousses boursières. La Chine étant en effet le principal moteur du secteur du luxe.

Cette politique mise en place par le gouvernement a aussi impacté les entreprises comme Evergrande. Une entreprise qui s’est fondée sur la croissance forte du secteur immobilier et sur le recours à la dette en quantité faramineuse. Seulement, le groupe est arrivé à ses limites. Quelques années en arrière, il avait tenté de se diversifier dans des projets toujours plus éloignés de son secteur principal comme la production de lait ou encore les services de streaming vidéo pour s’attirer, entre autres, les bonnes grâces du gouvernement. Et pour cause, le secteur de l’immobilier est considéré comme hautement spéculatif et sur la « liste rouge » des autorités chinoises. Dans un article du journal France24, Jean-François Dufour explique : « Le but de cette stratégie était d’être présent dans suffisamment de secteurs prioritaires pour que le gouvernement soit plus enclin à soutenir le groupe financièrement lorsque le mur de la dette deviendrait difficilement soutenable pour Evergrande ».

Sa dette n’a cessé d’augmenter. En 2015, la crise financière en Chine affaiblit le groupe qui doit emprunter à nouveau. La crise du Covid-19 va pousser le groupe à arrêter certains de ses projets et à fermer une partie de ses infrastructures. Et pour finir, Evergrande est, depuis quelques mois, pressé par les autorités chinoises de revendre une partie de ses actifs, pour diminuer le poids de sa dette mais du coup fait face à des difficultés pour trouver des investisseurs.

L’ensemble de ces facteurs, ainsi que le coup de massue du gouvernement chinois sur l’application de sa politique de prospérité commune, ont eu raison du système sur lequel fonctionnait Evergrande : un système de surendettement croissant. Plusieurs sociétés immobilières pourraient suivre le même chemin qu’Evergrande comme Guangzhou R&F Properties ou Xinyuan Real Estate qui ont aussi vu, ces dernières années, le coût de leur dette s’envoler.

 

LA NOUVELLE FICHE DE ROUTE POUR L’EMPIRE DU MILIEU

Un risque systémique plane sur la faillite d’Evergrande. Pourtant certains économistes montrent une inquiétude plus mesurée. Selon Stephen S. Roach, dans un article sur le journal Les Echos, le gouvernement chinois dispose de ressources nécessaires pour soutenir les défauts de remboursement des prêts du groupe. Par ailleurs, la crise d’Evergrande est en partie due à la politique instaurée par le gouvernement chinois mais celui-ci s’y est préparé. Pour finir, l’économie chinoise fonctionne correctement et plus particulièrement le secteur immobilier qui reste un secteur très tendu avec une demande toujours importante.

Néanmoins, la croissance de la Chine ne connaitra peut-être plus son niveau d’antan. Alicia Garcia Herrero explique : « Les gens commencent à comprendre que la Chine ne va plus connaître une croissance rapide, et cela explique le nouveau slogan pour la “prospérité commune” : il va falloir davantage partager un gâteau qui va moins grossir à l’avenir. C’est pour cela que le Parti communiste, qui cherche toujours à assurer sa légitimité, s’attaque à tous les excès. » 

Durant des années, le capitalisme à la chinoise a été pressé jusqu’au dernier yuan. Mais il se pourrait qu’il arrive maintenant à bout de souffle. Ce nouveau cap que s’apprête à suivre la Chine aura un impact certain sur son économie. Evergrande sera vite oublié et ce phénomène ne semble finalement pas grand-chose au regard des prochaines années qui s’annoncent décisives pour la Chine, qui souhaite devenir à terme la première puissance économique mondiale.

 

D’un point de vue technique

  • Evergrande

Depuis octobre 2017, où le titre, Evergrande a atteint ses plus-hauts historiques, l’action évolue dans une dynamique baissière au sein d’un canal descendant. Les cours de l’action enfoncent une première fois la borne basse du canal durant le mois de mars 2020, trouvant un support à 9,64 avant de réintégrer à nouveau le canal. Suite au scandale de possible insolvabilité du géant immobilier, l’action a enfoncé le support pour retourner proche des plus bas historiques à 2,06 avant de rebondir au-dessus du point pivot a 2,74.

 

  • Hang Seng

Sur ce graphique en données weekly du Hang Seng (indice de la bourse de Hong Kong), nous observons que la tendance sur l’année 2021 est clairement baissière, l’indice perdant près de 20% depuis le 1er janvier. Un léger rebond a eu lieu sur la zone des 78,6 du retracement de Fibonacci permettant aux cours de se reprendre légèrement avant de venir buter sur notre point pivot à 25 330pts. Tant que notre point pivot ne sera pas nettement enfoncé, nous privilégierons une poursuite de la baisse avec dans un premier temps un objectif à 23 700pts avant une poursuite de la baisse vers les 21 700pts, point bas de la crise du COVID.

Scénario alternatif : le franchissement de notre point pivot inverserait la tendance en cours sur l’indice avec un retour des cours sur les 0,50 du retracement de Fibonacci à 26 400pts.

 

 

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Réalisé par Alix Delage-Mourroux, avec l’aide de Marc Dagher

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