EVERGRANDE : UN GRAIN DE SABLE DANS LES ROUAGES ECONOMIQUES DE LA CHINE

« Rétablir la grandeur et la prospérité de la Chine, avec l’objectif de lui redonner une place centrale dans le monde horizon 2049 » telles étaient les aspirations du Parti communiste chinois en 1949. Néanmoins, l’empire du milieu devenu, depuis, la deuxième puissance économique mondiale en moins de 80 ans montre des signes d’essoufflement. Un évènement récent met en effet en lumière les limites du système économique chinois : l’affaire Evergrande. La planète finance tremble, mais ce colosse de l’immobilier doit-il réellement l’inquiéter ?

 

EVERGRANDE, LA CHUTE D’UN EMPIRE

Le 19 janvier 2021 marque le début de la descente aux enfers pour Evergrande. Son action perd plus de trois quarts de sa valeur en moins de 9 mois passant de 17,26 HKD en janvier à 3,02 le 14 septembre 2021. Aujourd’hui, considéré comme le troisième promoteur immobilier chinois avec un chiffre d’affaires estimé à plus de 70 milliards d’euros, le groupe est impliqué dans plus de 1.300 projets à travers 280 villes avec 200.000 employés à sa charge. Evergrande, situé dans la ville de Shenzen, est un mastodonte en Chine. Qui en est à l’origine ? Un certain Xu Jiayin, considéré pendant quelques années comme l’homme le plus riche d’Asie. Actuellement âgé de 62 ans, ce milliardaire fonde Evergrande en 1996 et construira, comme premier projet, 323 appartements qui se vendront en quelques heures seulement.

Il s’ensuit une ascension impressionnante. En 2009, le groupe lève l’équivalent de 7,6 milliards d’euros lors de son introduction en bourse et devient le plus grand promoteur immobilier de Chine. Début 2010, le groupe investit tous azimuts dans des projets comme le rachat du club de football de Guangzhou, les véhicules électriques, le tourisme ou encore l’eau en bouteille. Aujourd’hui, les engagements financiers d’Evergrande concernent 128 banques et 121 institutions non-bancaires selon BFM bourse. Fin août, le groupe déclare qu’il est exposé à des risques de liquidité et de défauts de paiement. Mercredi 22 septembre, Evergrande déclare qu’il ne sera en mesure de payer qu’une partie de ses intérêts sur une petite partie de sa dette.

Seulement voilà, le groupe est criblé de dettes, elles pourraient atteindre plus de 260 milliards d’euros. La faillite d’Evergrande est envisageable et laisserait inachevés, selon le journal La Tribune, plus de 1,4 milliards de logements pour une valeur totale de 170 milliards d’euros. Les répercussions de l’effondrement de cette entreprise, selon certains économistes, entraîneraient des conséquences sur l’ensemble du système financier chinois et pourraient, à terme, paralyser le crédit avec de graves problèmes économiques et sociétaux. Le gouvernement chinois ne montre pas pour l’instant de signes qui pourraient être interprétés comme une main tendue vers le groupe. Pour quelles raisons le groupe est-il arrivé à cette situation ? Pourquoi le gouvernement chinois ne vient pas en aide à Evergrande ?

 

UNE ASCENSION FULGURANTE POUR UNE CHINE PUISSANTE ET PROSPERE

Pour comprendre la chute d’Evegrande, il faut revenir quelques décennies en arrière, plus précisément en 1949. Durant cette année-là, Mao Zedong, alors président du parti communiste chinois, proclame l’avènement de la République Populaire de Chine. C’est le début d’une longue épopée où la Chine va revenir, non sans mal, sur le devant de la scène en devenant « l’usine du monde ». A cette époque les objectifs sont clairs : redonner à la Chine sa grandeur d’antan et une place centrale dans le monde à l’horizon 2049. En 1950, selon le site Asialyst, la Chine ne représente alors que 4,6% du PIB mondial avec une part dans les échanges mondiaux de moins de 1%. Mao Zedong va alors pousser le peuple pour effectuer une restructuration profonde du pays qui aura des répercussions importantes, provoquera des famines et, selon certains chercheurs, la mort de plus de 55 millions de personnes.

A la fin des années 1970, Mao Zedong décède et laisse derrière lui un pays décimé. La Chine ne représente plus que 1,7% de l’économie mondiale. C’est seulement à partir du début des années 80 que le pays entrera dans une progression économique sans précédent comme il est écrit dans un article du site Asialyst : « L’abandon des communes populaires et de la planification centralisée, la généralisation progressive des mécanismes des marchés agricoles comme industriels, la liberté des prix, la privatisation par étapes successives, le développement rapide des infrastructures et l’orientation vers l’exportation sur le modèle japonais ou coréen, produisent des résultats spectaculaires : la croissance économique dépasse 10% par an pendant 25 ans, la part du commerce extérieur dans le PIB explose (elle passe de 5% du PIB en 1970 à près de 50% en 2010), la Chine devient le premier exportateur mondial, les zones économiques spéciales attirent une masse croissante d’investissements étrangers qui font du pays l’usine du monde. »

Le début des années 2000 est pour la Chine signe d’une forte croissance. Elle va fonder son économie sur les exportations et les importations mondiales. Selon le site Carin.info : « Entre 2003 et 2007, la Chine a maintenu un taux de croissance à deux chiffres en accroissant la dépendance de son économie au marché international, et cela pour plusieurs raisons : une surcapacité de production domestique, une demande intérieure encore faible et une augmentation de la demande extérieure à la suite de l’afflux de fonds étrangers dans le secteur manufacturier. En 2006, le taux de dépendance extérieure de la Chine s’est élevé à 66% alors qu’entre 1980 et 2001, les pays comme les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Allemagne ont enregistré des taux relativement stables qui varient entre 14% et 20%. »

La crise de 2008 n’épargne pas le pays avec un PIB qui chute de 2,6% en 2007 et de 0,8% en 2008. Malgré un taux de croissance de 9% pour l’année 2008, celui-ci reste nettement inférieur aux années précédentes avec 15% par exemple en 2007. À la suite de cette crise, beaucoup de personnes se retrouvent au chômage ; on compte 25 millions de travailleurs sans-emploi après une vague de fermetures d’usines situées sur la côte chinoise. Pour contrer le mal, les autorités chinoises vont stimuler la demande intérieure avec un plan d’investissement de 4.000 milliards de RMB (Yuan) en orientant, en parti, les investissements vers le secteur de la construction, un secteur rapidement mobilisable et gourmand en main d’œuvre. Le crédit coule à flot, le prix de l’immobilier explose et les investisseurs affluent en masse. Ce qui amène, le secteur de l’immobilier à peser plus de 29% du PIB. C’est dans ce climat opportun que Xu Jiayin a réussi à développer son groupe de manière efficace pour conduire Evergrande au sommet.

 

LA CHINE ET EVERGRANDE ; XI JIPING ET LE CAPITALISME

Le président Xi Jinping, secrétaire général du Parti communiste, déclare le 17 août 2021 « une prospérité commune d’abord et avant tout ». Il est vrai que le pays fait face à des inégalités de revenus énormes ; 1% des Chinois les plus riches détiennent 30,6% de la richesse nationale selon une étude du Crédit Suisse. Le journal Le Monde écrit : « selon le premier ministre, Li Kequiang, 600 millions de chinois vivent avec moins de 130 euros par mois ». Xi Jinping et son parti veulent une redistribution des richesses. Cela se traduit par des mesures fortes et pas toujours appréciées de l’élite chinoise. Ainsi, le 26 août dernier, le gouvernement présente un programme qui, selon le journal Le Monde, déclare, entre autres, comme propositions : « de limiter les salaires déraisonnables » (sans en fixer les montants) et surtout de revisiter totalement le système fiscal, en diminuant les impôts indirects, surtout payés par les familles modestes, et d’introduire progressivement des taxes sur « la propriété, notamment foncière, et sur l’héritage ».

Ainsi, à l’image du célèbre milliardaire chinois Jack Ma, président de la société Alibaba, qui a disparu après avoir prononcé un discours critique contre les autorités, et qui est revenu sur le devant de la scène en déclarant qu’il était « plus déterminé que jamais à aider l’éducation et le bien public », les grosses entreprises chinoises et leur lot de millionnaires et milliardaires vont devoir rediriger leurs investissements vers des projets sociétaux et responsables. C’est la raison pour laquelle, entre autres, des entreprises comme LVMH, Kering ou Hermès ont subi quelques secousses boursières. La Chine étant en effet le principal moteur du secteur du luxe.

Cette politique mise en place par le gouvernement a aussi impacté les entreprises comme Evergrande. Une entreprise qui s’est fondée sur la croissance forte du secteur immobilier et sur le recours à la dette en quantité faramineuse. Seulement, le groupe est arrivé à ses limites. Quelques années en arrière, il avait tenté de se diversifier dans des projets toujours plus éloignés de son secteur principal comme la production de lait ou encore les services de streaming vidéo pour s’attirer, entre autres, les bonnes grâces du gouvernement. Et pour cause, le secteur de l’immobilier est considéré comme hautement spéculatif et sur la « liste rouge » des autorités chinoises. Dans un article du journal France24, Jean-François Dufour explique : « Le but de cette stratégie était d’être présent dans suffisamment de secteurs prioritaires pour que le gouvernement soit plus enclin à soutenir le groupe financièrement lorsque le mur de la dette deviendrait difficilement soutenable pour Evergrande ».

Sa dette n’a cessé d’augmenter. En 2015, la crise financière en Chine affaiblit le groupe qui doit emprunter à nouveau. La crise du Covid-19 va pousser le groupe à arrêter certains de ses projets et à fermer une partie de ses infrastructures. Et pour finir, Evergrande est, depuis quelques mois, pressé par les autorités chinoises de revendre une partie de ses actifs, pour diminuer le poids de sa dette mais du coup fait face à des difficultés pour trouver des investisseurs.

L’ensemble de ces facteurs, ainsi que le coup de massue du gouvernement chinois sur l’application de sa politique de prospérité commune, ont eu raison du système sur lequel fonctionnait Evergrande : un système de surendettement croissant. Plusieurs sociétés immobilières pourraient suivre le même chemin qu’Evergrande comme Guangzhou R&F Properties ou Xinyuan Real Estate qui ont aussi vu, ces dernières années, le coût de leur dette s’envoler.

 

LA NOUVELLE FICHE DE ROUTE POUR L’EMPIRE DU MILIEU

Un risque systémique plane sur la faillite d’Evergrande. Pourtant certains économistes montrent une inquiétude plus mesurée. Selon Stephen S. Roach, dans un article sur le journal Les Echos, le gouvernement chinois dispose de ressources nécessaires pour soutenir les défauts de remboursement des prêts du groupe. Par ailleurs, la crise d’Evergrande est en partie due à la politique instaurée par le gouvernement chinois mais celui-ci s’y est préparé. Pour finir, l’économie chinoise fonctionne correctement et plus particulièrement le secteur immobilier qui reste un secteur très tendu avec une demande toujours importante.

Néanmoins, la croissance de la Chine ne connaitra peut-être plus son niveau d’antan. Alicia Garcia Herrero explique : « Les gens commencent à comprendre que la Chine ne va plus connaître une croissance rapide, et cela explique le nouveau slogan pour la “prospérité commune” : il va falloir davantage partager un gâteau qui va moins grossir à l’avenir. C’est pour cela que le Parti communiste, qui cherche toujours à assurer sa légitimité, s’attaque à tous les excès. » 

Durant des années, le capitalisme à la chinoise a été pressé jusqu’au dernier yuan. Mais il se pourrait qu’il arrive maintenant à bout de souffle. Ce nouveau cap que s’apprête à suivre la Chine aura un impact certain sur son économie. Evergrande sera vite oublié et ce phénomène ne semble finalement pas grand-chose au regard des prochaines années qui s’annoncent décisives pour la Chine, qui souhaite devenir à terme la première puissance économique mondiale.

 

D’un point de vue technique

  • Evergrande

Depuis octobre 2017, où le titre, Evergrande a atteint ses plus-hauts historiques, l’action évolue dans une dynamique baissière au sein d’un canal descendant. Les cours de l’action enfoncent une première fois la borne basse du canal durant le mois de mars 2020, trouvant un support à 9,64 avant de réintégrer à nouveau le canal. Suite au scandale de possible insolvabilité du géant immobilier, l’action a enfoncé le support pour retourner proche des plus bas historiques à 2,06 avant de rebondir au-dessus du point pivot a 2,74.

 

  • Hang Seng

Sur ce graphique en données weekly du Hang Seng (indice de la bourse de Hong Kong), nous observons que la tendance sur l’année 2021 est clairement baissière, l’indice perdant près de 20% depuis le 1er janvier. Un léger rebond a eu lieu sur la zone des 78,6 du retracement de Fibonacci permettant aux cours de se reprendre légèrement avant de venir buter sur notre point pivot à 25 330pts. Tant que notre point pivot ne sera pas nettement enfoncé, nous privilégierons une poursuite de la baisse avec dans un premier temps un objectif à 23 700pts avant une poursuite de la baisse vers les 21 700pts, point bas de la crise du COVID.

Scénario alternatif : le franchissement de notre point pivot inverserait la tendance en cours sur l’indice avec un retour des cours sur les 0,50 du retracement de Fibonacci à 26 400pts.

 

 

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Réalisé par Alix Delage-Mourroux, avec l’aide de Marc Dagher

L’IA : une révolution ou un danger pour les marchés ?

« Wall Street, 5 février 2018, c’est comme si la bourse était frappée par la foudre. A 15 heures, heure locale, le Dow Jones plonge. Il perd plus de 1.500 points en quelques minutes. Jamais dans l’histoire de l’indice boursier, les actions américaines n’avaient autant baissé en une journée. Près de 2.000 milliards de dollars sont littéralement pulvérisés. New York n’est pas la seule place touchée. La chute des cours se repend comme une trainée de poudre ; Francfort, Sydney puis Tokyo, la panique se propage. Personne ne sait pourquoi les cours sont tombés si bas. Il n’y a pas de raison économique, pas de nouvelles données conjoncturelles ni de nouveaux chiffres du chômage alarmants. La seule explication que l’on trouve paraît aberrante, les ordinateurs des traders ont été trop rapides… ». Ce texte a été écrit à partir du journal télévisé diffusé sur Arte.  

 

Introduction

Voici un exemple où l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) a eu un impact, pour certains économistes de nature systémique, qui aurait pu provoquer de graves troubles financiers. Cet incident n’est pas isolé, et on peut penser que l’impact de l’IA sur les marchés financiers va s’accroitre dans les prochaines années avec des effets positifs et négatifs.

Le concept de l’intelligence artificielle semble émerger dans les années 1950 lorsque Alan Turing se demande si une machine peut « penser ». Dans l’article « Computing Machinery and Intelligence », Turing propose un test d’intelligence artificielle, le fameux test de Turing qui cherche à savoir quand une machine deviendrait « consciente ». Ces prémices de l’intelligence artificielle ont d’ailleurs permis de décoder les messages allemands durant la Seconde Guerre mondiale. Ensuite lancée par les universités, la course au développement de l’intelligence artificielle est dorénavant rejointe par les gouvernements et les entreprises telles qu’IBM ou les GAFAM et n’a jamais cessé d’augmenter.

En 2020, le marché de l’IA a atteint pour la première fois la barre des 50 milliards de dollars. Le monde financier s’est très vite penché sur le sujet pour en tirer les bénéfices. Pour quelle raison ? La bourse repose sur des courbes qui suivent une tendance complexe, mystérieuse et surtout aléatoire. Nombre de financiers ont tenté d’en percer les arcanes sans jamais avoir un taux de réussite proche de 100%. Et pour cause, la quantité colossale d’informations à prendre en compte est beaucoup trop importante pour le cerveau humain, même combiné à plusieurs. L’arrivé de l’intelligence artificielle est une aubaine. Des ordinateurs surpuissants combinés à des algorithmes performants ont permis de mettre au point des programmes d’analyse comme Aladin de BlackRock ou bien Renaissance Technologie qui affiche un taux de réussite de 51% ou encore, plus récemment, un certain Jeff Glickman qui a mis en avant une IA, J4 Capital, qui montrerait un taux de réussite de 60%.  C’est un taux record pour un fond spéculatif qui est seulement composé de quatre employés.

Gérer les risques est une obsession pour de nombreux acteurs des marchés financiers. Les banques, les fonds spéculatifs, les investisseurs, les régulateurs… ont tous comme but de contrôler celui-ci pour en tirer les meilleurs bénéfices. L’intelligence artificielle constitue une aubaine pour ces acteurs. Dans les prochaines années, l’étendue de la mise en place de cette nouvelle technologie risque de bouleverser non seulement le monde de la finance mais plus largement notre société.

Dans quelle mesure l’IA a un impact sur les marchés financiers ? Quelles sont ses utilisations ? Présente-t-elle des effets négatifs ? Comment les financiers ont réussi à marier technologie et finance ? L’IA a-t-elle déjà pris une place trop importante en détenant un pouvoir sur les marchés ?

 

Intégration de l’IA à la finance de marché

La bourse et ses acteurs se sont très vite emparés du sujet : l’IA est une source de bénéfices et de réduction des coûts considérable. En 2019, le cabinet d’analyse Greenwich a affirmé que plus de 50% des entreprises de marché auront mis en place des procédures d’intelligence artificielle d’ici deux ans.

Un mélange d’algorithmes, de courtages à haute fréquence et d’apprentissage automatique (machine learning) a rendu la bourse de plus en plus automatisée. A l’heure actuelle, la finance de marché est un des acteurs les plus utilisateurs de cette nouvelle technologie. Cependant cela n’a pas toujours été le cas. Selon un article publié sur les archives ouvertes : « Dans les années 90, les banques d’investissement étaient parmi les possesseurs des plus grandes puissances de calcul et de capacité de stockage de la planète. On pourrait donc s’attendre à les voir à l’avant garde des innovations produites par les sciences de données et l’IA, mais il n’en est rien. Si ce sont bien des entreprises privées qui ont ravi aux grandes universités les premières places des podiums pour la reconnaissance d’image ou l’interprétation automatique de langage naturel, il s’agit des GAFAM et non des institutions financières. Les acteurs de la finance de marché tentent tant bien que mal de rattraper ce retard ».

L’utilisation de l’IA dans la finance de marché s’est développée autour de trois piliers : le développement de nouveaux outils informatiques et technologiques avec de grandes puissances de calculs, le progrès en matière de machine learning et la capacité à pouvoir stocker une grande quantité de données.

L’outil le plus connu en bourse, le « High Frequency Trader », qui signifie « trader haute fréquence ». Un article d’ABC Bourse défini ces robots traders comme des « puissants algorithmes mathématiques et ordinateurs ultra-rapides capables de détecter et d’exploiter les micromouvements de marché avec une échelle de temps de l’ordre de la dizaine de millisecondes. Ces machines sont capables d’exécuter des ordres à toute vitesse et de tirer profit de très faibles écarts de prix ». Actuellement, la part des transactions effectuées par le HFT représente 50% aux Etats- Unis et 35% en Europe.

 

 

De multiples activités liées au marché

L’intelligence artificielle s’est largement immiscée dans le secteur bancaire et financier à tel point que ceux-ci sont parmi les plus avancés dans l’usage de cette nouvelle technologie. Les usages en sont multiples et il serait trop long de tous les citer. Il s’agit ici de présenter quelques exemples sur l’utilisation de l’IA dans les activités de marché.

L’IA est utilisée dans les activités de recommandation en investissement. Grâce à elle, les financiers peuvent faire émerger des tendances en collectant et croisant, en utilisant le Big Data, un grand nombre de données non organisées. L’IA est aussi capable d’analyser les discours institutionnels avec la voix et la gestuelle humaine en croisant cela à des rapports, des notes d’analyse… pour faire émerger des conséquences possibles. Dans ce cas, l’IA est utilisée pour des recommandations générales (analyse financière, opérations par des fonds d’investissements…) mais elle peut aussi servir dans le conseil direct avec les investisseurs. Elle est capable d’éditer des profils types et de les mêler avec différents actifs pour faire émerger des investissements personnalisés pour chaque investisseur. La qualité de ces investissements est améliorée et le coût d’analyse nettement diminué.

Ensuite, l’IA est utilisée dans les activités de tenue de marché. L’IA observe les informations mises à disposition sur les courbes, le carnet d’ordre, les outils techniques. Elle tente ainsi de proposer des tendances, des éventuels micros-mouvements, le prix futur de l’actif… En quelque sorte, elle opère une analyse technique des marchés. Mais elle est aussi capable de construire une analyse fondamentale. C’est-à-dire une analyse fondée sur des informations économiques et financières. L’ensemble de ces données permet d’alimenter des algorithmes auto-apprenants (« reinforcement learning ») pour permettre, à terme, d’affiner les analyses.

L’intelligence artificielle est aussi employée dans les activités de back et midlle office. Ce sont des activités de contrôles et de traitements qui sont en général lourdes et coûteuses. L’IA est tout à fait capable d’épauler les financiers pour accomplir des tâches répétitives, des analyses chronophages, des traitements opérationnels… Selon un article publié sur Revue-Banque : « Une étude menée par Morgan Stanley et Oliver Wyman estime que la transformation des chaines de traitement, via le recours à l’automatisation et l’adoption de solution de deep digital pourrait entrainer des gains et des réductions de couts de l’ordre de 15 à 20 milliards pour les grandes banques de financement et d’investissement ». Le deep digital étant « un programme de transformation qui vise à adresser de très nombreux processus opérationnels simultanément de manière à réussir une transformation digitale en profondeur. »

Pour finir, un autre domaine pour lequel l’IA peut apporter des améliorations est la surveillance des marchés et le contrôle des fraudes. La bourse est fortement régulée car elle peut provoquer, par des mécanismes en chaîne, des incidents graves sur le fonctionnement de notre société. C’est la raison pour laquelle les autorités de supervision bancaire et de marché mènent toute une série de contrôles en interne. Ainsi, l’IA est utilisée dans le contrôle des opérations personnelles c’est-à-dire « des dispositifs de vigilance relatif aux personnes susceptibles de détenir des informations privilégiées ou sensibles et, dans ce cadre, d’opérer des contrôles sur leurs transactions personnelles ». Mais aussi dans le contrôle des manipulations de marché, où les services de contrôles tentent de déceler des messages, des échanges, des opérations frauduleuses. Ainsi, l’IA pourrait, en croisant un nombre important d’informations, mettre en avant des délits ou encore des manipulations de marché mais aussi les prévenir. Néanmoins, Scott W. Bauguess de la Securities and exchange commission reconnait que « les ordinateurs utilisés par l’autorité, aussi sophistiqués soient-ils ne sont pas encore capables de mener, de façon autonome, des investigations et enquêtes mais peuvent simplement guider les contrôleurs et inspecteurs dans la bonne direction ».

 

L’IA et la Bourse font-ils bon ménage ?

Depuis le début des années 2000, l’IA prend petit à petit une place importante sur les places boursières mondiales. Selon un article du journal Le Revenu, plus d’un tiers des échanges sur Euronext viennent du trading haute fréquence et des fonds quantitatifs. Une autre étude de Morgan Stanley estime que les encours des fonds quantitatifs et des trackers smart beta (Exchange Trader Founds, ETF, capables d’effectuer automatiquement des arbitrages sur les marchés) ont été quasiment multipliés par trois entre 2010 et mi-2017, a près de 1.500 milliards de dollars, représentant 7% du total des actifs gérés à travers le monde.

Un premier danger lié à l’IA vient de la liquidité du marché. Lorsque la bourse est calme, les algorithmes amènent une certaine tenue des marchés et d’avantage de liquidité. Mais lorsque les échanges s’intensifient et la ferveur des investisseurs augmentent, les algorithmes peuvent être un catalyseur de l’augmentation de la volatilité. C’est exactement ce qui est arrivé en 2018 à New York que décrit Dominique Ceolin, PDG du spécialiste de l’arbitrage financier ABC Arbitrage : « Ce n’est pas le trading algorithme qui a provoqué la correction de février, mais les inquiétudes sur l’inflation américaine. En revanche, il est vrai que ces ordres d’achat et de vente de titres automatisés et extrêmement rapides ont pu amplifier la chute des places boursières ce jour-là ».

Ensuite, l’IA peut être une source de fraudes. Les autorités doivent redoubler de vigilance pour contrer les délits potentiels. En 2015, l’autorité des marchés financiers a sanctionné Euronext et Virtu pour avoir manipulé les cours avec leur système algorithmique des ordres de marché. C’est la rasions pour laquelle, entre autres, les régulateurs ont dû mettre en place des mesures comme Mifid 2 (Market in financial Instrument Directive) ou encore MAR (règlement sur les abus de marché).

Pour finir, les petits épargnants se retrouvent distancés. Impossible de réagir aussi vite qu’un algorithme, les places boursières ont mis en place certaines mesures, à l’image d’Euronext qui a imposé des mécanismes de régulation. Par exemple, avec la suspension des cotations des titres qui fluctuent de plus de 8%. Une autre possibilité pour les épargnants est d’avoir aussi recours aux services de robots et de leur analyse par IA. C’est le cas d’Aladin, l’algorithme de Black Rock qui gère plus de 14.000 milliards de dollars, soit 7% des actifs mondiaux.

 

Conclusion

Stephen Hawking déclarait à propos de l’IA : « La création d’une intelligence artificielle serait le plus grand évènement de l’histoire de l’humanité. Mais il pourrait être l’ultime ». Cette technologie va bouleverser en profondeur notre manière de vivre. La finance, acteur incontournable de notre société, s’est emparé du sujet pour l’intégrer au mieux à ses infrastructures.  La finance de marché, tout particulièrement, est une branche de la finance qui profite largement de cette nouvelle technologie. Le volume de données créées va exploser avec en 2035 des prévisions estimées à 2.142 milliards de téraoctets sur l’ensemble du globe. La génération de ces nouvelles données pourra alimenter de nouveaux algorithmes encore plus puissants et performants et rendre les marchés de plus en plus automatisés. »

Néanmoins, la clef du succès sera certainement un mélange savamment dosé entre l’humain avec son intuition et son imagination et la puissance de calcul de l’IA. A suivre…

 

 

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LA FINANCE, ACTEUR MAJEUR DANS LA TRANSITION ENERGETIQUE ET ECOLOGIQUE

Mise en garde depuis de nombreuses années par l’ensemble de la communauté scientifique, notre société se retrouve face au défi le plus important qu’elle n’est jamais connue ; le dérèglement climatique. Le monde se réveille tardivement mais commence, à la manière d’une locomotive à vapeur, à mettre en place une multitude de réformes économiques, sociétales et environnementales pour tenter de contrer ce mal qu’il a lui-même provoqué des années plus tôt. Le monde de la finance se positionne comme un acteur majeur dans la course à la décarbonation, aux initiatives environnementales et écologiques. C’est dans ce climat qu’est née ce que l’on appelle : la finance verte.

 

INTRODUCTION

La finance est à la société ce qu’est le système sanguin à l’être humain. Elle l’irrigue et assure son bon fonctionnement en y apportant les capitaux nécessaires. Ainsi, c’est grâce à elle que les entreprises peuvent investir, que les particuliers peuvent emprunter et consommer ou encore que les états financent certains projets. La finance est donc au cœur du fonctionnement global de la société et s’affirme comme un acteur majeur qui influe grandement sur la ligne directrice que prendra le monde dans le futur.

Cette influence ne date pas d’aujourd’hui. Au XVIIe siècle, des groupes religieux refusaient de financer certains projets, sans y intégrer une notion environnementale. Ces projets étaient avant tout des initiatives locales et il a fallu attendre 1972 pour observer une internationalisation du sujet avec l’organisation par les Nations Unies (ONU) du Sommet de la Terre à Stockholm où sont évoqués pour la première fois le réchauffement climatique et ses conséquences. En parallèle, des sociétés comme Pax World Fund, fondée en 1971 aux États-Unis, font leur apparition et proposent pour la première fois des investissements qui intègrent des principes environnementaux. Ce mouvement s’accélère et prend de l’ampleur durant toute la fin du XXe siècle. Néanmoins, ce n’est qu’en 2006 que l’ONU reconnait les principes d’un investissement responsable. C’est le début de la reconnaissance d’un Investissement Socialement Responsable (ISR) à l’échelle mondiale.

La finance verte, a proprement parlé, voit alors le jour. Ayant comme but de financer des projets ne portant pas atteinte à l’environnement et permettant le développement d’une économie durable, celle-ci commence à se faire une place dans les esprits. Les institutions s’emparent du sujet et la Banque Européenne d’Investissement (BEI) est la première, en 2007, à proposer une obligation labellisée verte. A une échelle plus large, la Banque mondiale commence elle aussi à s’y intéresser et décrit sur son site internet les débuts de son implication dans la finance verte « le service de la trésorerie de la Banque mondiale reçoit un appel téléphonique inattendu : un groupe de fonds de pension suédois souhaitait investir dans des projets respectueux du climat et ne savait pas comment repérer de telles initiatives. En revanche, ces investisseurs savaient vers qui se tourner et ils ont fait appel à la Banque mondiale pour les aider. Moins d’un an plus tard, la Banque émettait la toute première obligation verte et, ce faisant, créait une nouvelle façon de mettre les investisseurs en contact avec des projets de lutte contre le changement climatique. »

La finance mondiale a dû alors évoluer et s’adapter rapidement pour permettre de fournir au marché mondial une liquidité accrue, facilement compréhensible et fiable pour les investisseurs.

Quels sont les outils utilisés par le monde financier pour limiter le dérèglement climatique et pour favoriser la transition écologique ? Quelles sont les mesures mises en place pour contrôler et encadrer ce nouveau type de financement ? Comment assurer aux investisseurs que leurs placements financiers seront orientés de façon certaine vers des projets durables ?

 

La finance verte et ses outils

Les principaux outils de la finance verte sont les « green bonds », les obligations vertes. Ils sont construits autour de quatre objectifs environnementaux : la lutte contre le dérèglement climatique, la protection de la biodiversité, la réduction de la pollution de l’eau, de l’air et du sol et l’adaptation au changement climatique.

Au niveau international, la Banque mondiale émet chaque année 50 milliards d’obligations pour le développement durable. Au niveau français, l’Etat s’est positionné comme un pionnier dans l’émission de ce type d’obligation et a proposé en janvier 2017 une obligation souveraine verte (OAT), une obligation verte d’un montant de 7 milliards d’euros sur 22 ans. Les banques accompagnent elles aussi cette évolution. BNP Paribas, huitième banque mondiale par la quantité d’actifs gérés, figure en 2016 parmi les 3 premiers acteurs mondiaux du marché des obligations vertes. Conjointement à d’autres banques, elle s’est engagée pour 2 des 3 obligations vertes du groupe espagnol Iberdrola (leader mondial de l’énergie éolienne) pour un montant total de 1,75 milliards d’euros. Ces obligations ont permis de refinancer des fermes éoliennes terrestres en Espagne.

De nouveaux outils ont également été développés. En septembre 2019, ENEL (Ente Nazionale per l’Energia Elettrica), le principal producteur d’énergie électrique en Italie, émet le premier Eurobond Sustainability-Linked (les obligations indexées sur un objectif de développement durable) pour un montant de 1,5 milliards de dollars. Ce nouvel instrument – dont les caractéristiques peuvent varier, comme par exemple le taux d’intérêt, selon que l’émetteur atteint ou non des objectifs de développement durable – est basé sur cinq éléments : la sélection d’indicateurs clés de performance en matière environnementale, sociale et/ou de gouvernance, la calibration des objectifs de performance durable, l’impact sur les caractéristiques des obligations et le reporting : l’émetteur doit publier un reporting, au moins une fois par an et la vérification par un expert externe indépendant.

On observe aussi des outils financiers plus classiques et plus discutables comme le marché du carbone qui : « vise à allouer des ‘droits à polluer’ qui peuvent être échangés sur un marché. Ainsi les acteurs souhaitant polluer plus doivent acheter des droits supplémentaires, ce normalement devrait les inciter à diminuer leur émission de gaz à effet de serre ». D’autres instruments financiers ont été mis en place comme le Bonus-Malus écologique pour les voitures polluantes ou bien la taxe carbone qui vise à augmenter le cout des activités émettrices de gaz à effet de serre.

Tous ces outils permettent une meilleure liquidité et une attraction de plus en plus importante de la part des investisseurs. Dans les prochaines années, de nouveaux instruments financiers verts vont apparaître et il est dès à présent nécessaire de mettre en place un cadre strict et clair pour permettre aux investisseurs d’évoluer dans un environnement sécuritaire.

 

 

« Mesurer et contrôler » deux pratiques nécessaires

En quête de placements compétitifs, les investisseurs se tournent vers la finance verte. L’engouement pour ce mode de financement devient de plus en plus fort. Cependant, il serait contreproductif de voir apparaître un système financier vert où l’insécurité et le désordre soient présents. C’est la raison pour laquelle, les institutions bancaires et étatiques développent à marche forcée de nouvelles mesures pour encadrer, mesurer et contrôler cette finance dite « verte ».

Les moyens les plus répandus de mesurer l’impact sur l’environnement ou la société sont basés sur des critères « Environnement, Social et de Gouvernance » (ESG). Ces critères ESG ont pour but de mesurer l’impact de l’entreprise sur l’environnement, le niveau de sécurité dans l’entreprise ou encore la manière dont les sociétés sont gérées et ont donné naissance à l’ISR. L’Association française de la gestion financière (AFG) décrit l’ISR comme « un placement qui vise à concilier performance économique et impact social et environnemental en finançant les entreprises et les entités publiques qui contribuent au développement durable quel que soit leur secteur d’activité. En influençant la gouvernance et le comportement des acteurs, l’ISR favorise une économie responsable ». Ainsi, par exemple, l’autorité des marchés financiers (AMF) classe la gestion ISR des fonds en trois catégories : significativement engagée, non significativement engagée et en dehors des standards ISR.

L’Europe a fortement favorisé les investissements respectueux de l’environnement. Elle veut en effet créer un standard européen pour permettre aux investisseurs, entreprises et institutions de trouver un cadre transparent et pour comparer efficacement les différents actifs. Très récemment, en mars 2021, une directive de transparence financière dite « disclosure » a été mise en place. Mario Nava, directeur des politiques horizontales à la commission européenne au sein de la Direction générale de la stabilité financière, des services financiers et de l’union des marchés de capitaux, a déclaré à propos de cette nouvelle mesure : « Afin de donner des indications claires aux investisseurs finaux sur les actions à réaliser pour atteindre des objectifs environnementaux, les gestionnaires de fonds vont devoir réaliser un reporting financier à travers les communications et les bilans annuels, et expliquer quelle part de leur chiffre d’affaire relève des investissements verts ou durables. Par ailleurs, dans le cadre du Green Deal, nous allons également renforcer les obligations de reporting extra-financier pour les grandes entreprises en révisant la directive NFRD (Non-Financial Reporting Directive), ce qui servira à mieux évaluer l’impact de leurs investissements sur toutes les variables ESG ».

Cette nouvelle mesure est en lien direct avec un projet de la commission Européenne dit de « Taxonomie ». Ce projet a pour but de palier directement aux difficultés d’associer un caractère durable et vert à certains investissements. Développée par des acteurs publics mais aussi privés et associatifs, la taxonomie a pour objectif d’évaluer et de certifier les investissements « verts » pour établir une classification des activités économiques en créant un standard commun à toute l’Europe. La taxonomie définit une liste d’activités économiques (l’industrie, le transport, le bâtiment…) ainsi que le seuil de performance à atteindre par les entreprises vis-à-vis de six objectifs environnementaux : l’adaptation au changement climatique, l’atténuation du changement climatique, la transition vers une économie circulaire, la prévention de la pollution et contrôle, la protection et la restauration de la biodiversité et des écosystèmes et l’utilisation durable et protection de l’eau et des ressources.

Au niveau de la France, des initiatives pour contrôler et mesurer l’ISR sont aussi apparues. En 2015, la loi de transition énergétique a imposé que les investisseurs institutionnels soient transparents sur l’intégration des critères ESG dans leur stratégie d’investissement. Des labels comme le label ISR ou encore le label transition Energétique et Ecologique pour le Climat (TEEC) ont aussi été mis en place. Les entreprises doivent suivre un cahier des charges précis si elles souhaitent bénéficier d’un de ces labels.

 

Pour conclure

La mobilisation pour une finance verte est réelle. Encore méconnue du grand public, les institutions, les investisseurs, les banques ou encore les entreprises voient auprès de la finance verte un nouveau moyen d’investissement responsable sans pour autant renoncer à obtenir des rendements. Compte tenu de l’environnement actuel, l’ensemble des acteurs sera inévitablement emporté par la vague écologique qui pousse la société. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, entre 2021 et 2027, 1.000 milliards d’euros seront nécessaires à l’Union Européenne pour réussir sa transition bas-carbone pour atteindre la neutralité climatique. La finance verte est un sujet à prendre très au sérieux. C’est la raison pour laquelle ce secteur devra certainement être encadré et régulé pour éviter des pratiques trompeuses comme le « greenwashing » qui donne l’illusion d’une démarche écoresponsable assez éloignée de la réalité.

Néanmoins, malgré l’effervescence autour de ce sujet, certains pointent du doigt les limites, voire l’illusion d’une finance verte. Cette finance est-elle l’avenir d’une société plus respectueuse de l’environnement ? Peut-elle à elle seule soutenir le poids de ce défi auquel l’humanité est confrontée ? La finance verte n’est-elle pas en train de se fourvoyer, dans une démarche qui pourrait mettre en péril l’économie et notre société ?

Héroïne de la société mondiale ou pratique destructrice d’un système économique établi, la finance verte devra faire ses preuves et surmonter les différentes crises environnementales dans les années à venir.

 

D’un point de vue technique :

  • VEOLIA

Depuis la fin de l’année 2020, le titre Veolia évolue dans une nette dynamique haussière au sein d’un canal ascendant (ici en violet). À la suite de la forte correction de l’affaire Evergrande, les cours sont venus rebondir sur la borne basse de ce canal à 26,40€ qui correspond aussi à un overlap et notre point pivot (trait bleu). Le RSI a également atteint sa zone de survente à 30 avant de rebondir à son tour ce qui nous conforte dans notre scénario haussier. Nous nous positionnons donc à l’achat avec en ligne de mire un retour sur les 61,8 du retracement de Fibonacci à 28,62€ (premier trait vert) avant une poursuite vers les plus-hauts annuels à 30€ (second trait vert).

Scénario alternatif : la cassure de notre point pivot et la sortie par le bas du canal ascendant entraînerait une correction sur le titre avec un retour sur le support à 24,78€ (trait rouge).

 

  • ENEL

Depuis son point bas de mars 2020 suite à la crise du Covid, le titre Enel s’est rapidement repris pour atteindre ses niveaux d’avant-crise en juillet de la même année avant d’entamer une correction jusqu’à novembre 2020. Sur l’année 2021, le titre évoluait de manière latérale jusqu’au mois d’août avant d’entamer une nouvelle phase de correction. Les cours n’ayant pas réussi à dépasser la résistance des 8,09€ et évoluant sous les moyennes mobiles nous confortent dans notre scénario baissier. Nous nous positionnons donc à la vente avec en ligne de mire un retour sur l’overlap des 6,45€ (premier trait rouge) avant une possible accélération à la baisse en direction du support des 5,35€ (second trait rouge).

Scénario alternatif : la cassure de notre point pivot à 7,33€ entraineraît un retour des cours sur la résistance à 8,09€ (trait vert).

 

  • ENPHASE ENERGY

Depuis la fin de l’année 2017, le titre Enphase Energy Inc. évolue dans une nette dynamique haussière au sein d’un canal ascendant (ici en bleu) gagnant plus de 28%. À présent dans une phase de correction, les cours sont venus rebondir sur l’overlap à 112$ qui correspond aussi à notre point pivot (trait bleu). L’action se négocie désormais sur la borne basse du canal avec un RSI à 47 ce qui nous conforte dans notre scénario haussier. Nous nous positionnons donc à l’achat avec en ligne de mire un retour sur les 215,14$ qui correspond au plus haut historique de l’action (premier trait vert) avant une poursuite vers les 396$ en projection (second trait vert).

Scénario alternatif : la cassure de notre point pivot et la sortie par le bas du canal ascendant entraîneraient une correction sur le titre avec un retour sur le support à 60,20$ (trait rouge).

 

 

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Réalisé par Alix Delage-Mourroux, avec l’aide de Marc Dagher

QUELS SONT LES ENJEUX DES PROCHAINES ELECTIONS ALLEMANDES ?

Sur fond de crise sanitaire, de changement climatique, de relance économique, de contrôle des flux migratoires, de réaffirmation de l’Europe et des enjeux sociaux-démographiques, s’organiseront les prochaines élections allemandes. Dans ce scénario incertain, le prochain chancelier devra redonner un cap clair et net pour répondre aux futurs enjeux de l’Allemagne.

 

INTRODUCTION

Le 26 septembre prochain, les habitants de la première puissance économique européenne vont élire les députés au Bundestag et par conséquent et indirectement le chancelier fédéral d’Allemagne. Après plus de 15 années au pouvoir, la chancelière actuelle, Angela Merkel, a pris la décision de ne pas se représenter. Née à Hambourg, physicienne de formation, ministre des femmes et de la jeunesse puis de l’environnement, de la protection de la nature et de la sécurité nucléaire, elle devient chancelière fédérale d’Allemagne en 2005. Elle est alors la première femme à accéder à ce poste et va devenir au fil des ans une figure marquante et emblématique de l’histoire allemande. Sa réussite face à la crise financière et de la dette de la zone euro, son annonce de la fin du nucléaire pour la nation, sa négociation d’un cessez-le-feu en Ukraine en 2015 ou encore sa décision d’ouvrir les frontières à plus d’un million de migrants ont montré qu’elle possédait des qualités politiques indéniables.

Quatrième puissance économique mondiale, des industries automobile, électrique, mécanique et chimique extrêmement performantes, un taux élevé (le troisième mondial) d’exportation, une économie considérée comme la plus mondialisée des États du G7 fait, entre autres, de l’Allemagne un pays influent et puissant. L’ensemble de ces raisons expliquent pourquoi le monde va observer de près les prochaines élections.

La crise sanitaire actuelle, les nombreux enjeux et les lourdes responsabilités futures rendent les résultats de ces élections très difficilement prévisibles. La ligne directrice que prendra l’Allemagne pour ces prochaines années aura un impact certain sur l’Europe mais aussi, dans une moindre mesure, sur le monde.

Quels sont les enjeux des prochaines élections allemandes de septembre ? Qui semble pouvoir succéder à l’ère Merkel ? Quels sont les potentiels impacts de ces élections sur l’Europe et le monde ?

L’objet de cet article sera de présenter le paysage politique allemand et d’observer les questions post-merkéliennes.

 

  1. UN PEU DE POLITIQUE ALLEMANDE

Avant d’expliquer les enjeux des prochaines élections en Allemagne, il semble intéressant de comprendre son système politique. L’Allemagne est en effet une république fédérale composée de 16 Landers, équivalents des régions en France, mais détenant plus de pouvoir et d’autonomie, qui suit un système de démocratie parlementaire. On distingue le pouvoir judiciaire, législatif et exécutif. Les prochaines élections concernent ces deux derniers.

Le pouvoir législatif est principalement représenté par le Bundestag (assemblée parlementaire) mais aussi dans une moindre mesure par le Bundesrat (conseil fédéral des Landers).

Le Bundestag est composé au moins de 598 députés élus pour 4 ans. Ce sont les députés qui vont élire le Chancelier, voter les lois, ratifier les traités… Néanmoins une grande partie des compétences législatives dépend aussi directement des Landers.

Ensuite, le pouvoir exécutif est représenté par deux personnalités, le chef de l’Etat et le chancelier. Le chef de l’Etat ou président fédéral est élu pour 5 ans, par le Bundestag et le Bundesrat. Il a en réalité un rôle de représentation de l’Etat allemand avec très peu de pouvoir. Élu par le Bundestag, le chancelier, quant à lui, exerce l’essentiel du pouvoir exécutif. Il n’existe pas de limite de mandat pour celui-ci.

Les élections de septembre, vont permettre aux allemands d’élire les députés au Bundestag et indirectement leur chancelier. Quelles sont les prévisions électorales pour cet évènement politique ? Comment s’organise le paysage politique Allemand ?

Comme en France, il existe différents partis politiques en Allemagne. Pour les prochaines élections, 5 partis sont majoritaires :

  • L’union chrétienne-démocrate (CDU).
  • Le parti social-démocrate (SPD).
  • L’union sociale (CSU).
  • L’alternative pour l’Allemagne (AFD).
  • L’alliance 90 (les Verts).

Ces partis vont devoir créer ce qu’on appelle des coalitions pour pouvoir espérer faire élire leur candidat au poste de chancelier. Quelles sont les coalitions possibles, leur candidat au poste de chancelier, et leur relative probabilité d’être élu ?

Il est encore difficile de faire des prévisions sur les prochaines élections, tant l’opinion publique semble partagée. D’après les derniers sondages réalisés fin juillet la coalition centre droit CDU-CSU se retrouve à la première place avec 27 à 30% des voix (source : Le Monde). Malgré son avance, elle pourrait perdre des points au vu des circonstances actuelles. Dernier incident en date, le fou-rire du candidat de la CDU en pleine cérémonie en hommage aux victimes des inondations. La SPD se retrouve aussi dans la tourmente. Ce parti ne représente que 15 à 17% des voix selon les sondages,

Malgré un candidat déjà désigné de longue date, Olaf Scholz, avec un programme politique clair (source : robert-schuman.eu). Une dernière possibilité crédible pourrait être l’arrivée des Verts à la chancellerie, avec 20% d’intention de vote. Les inondations de juillet dernier ont plaidé en leur faveur et leur ont permis de gagner quelques points dans les sondages. Leur candidat à la chancellerie serait Annalena Baerbock, femme politique moderne qui pourrait naturellement succéder à Angela Merkel.

Une fois les élections au Bundestag passées, il faudra néanmoins attendre la formation des coalitions entre les différents partis qui sera déterminante pour la désignation du chancelier.

 

  1. L’ALLEMAGNE DE DEMAIN

En 1989, le mur de Berlin tombe. Le pays est affaibli, tourne au ralenti, le taux de chômage est élevé, la croissance économique est faible. Un plan pour une réforme profonde est alors demandé en 2003, « l’agenda 2010 » est présenté au Bundestag. Ce plan est centré sur l’économie, la sécurité sociale et l’internationalisation de l’Allemagne. Il a permis au pays de redevenir une économie puissante et compétitive. Néanmoins, de nombreux chocs mondiaux viennent ternir l’évolution exemplaire de l’Allemagne. La crise financière de l’euro, la guerre de l’Ukraine, la crise des réfugiés, l’élection de Trump, la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, la pandémie du Sars-Cov2, la montée en puissance du système économique chinois ont durant ces dernières années grandement bouleversé le système économique, social et politique allemand. Les enjeux pour le futur sont nombreux, complexes et délicats.

Tout d’abord au niveau européen. L’Allemagne est indéniablement le partenaire historique le plus important. Elle compte 83 millions d’habitants, avec un PIB de 3.449 milliards d’euros en 2019 et contribue de façon importante au budget de l’Union Européenne (19% du budget total). L’intérêt de l’Allemagne est de maintenir une Europe forte et soudée. Angela Merkel a déclaré : « Il est de l’intérêt de l’Allemagne que nous ayons un marché unique fort, que l’Union européenne devienne de plus en plus unie et qu’elle ne s’effondre pas. Ce qui est bon pour l’Europe était et demeure bon pour nous. »

Au niveau économique, l’Allemagne va devoir composer avec plusieurs objectifs. Elle compte trois grands secteurs économiques : le secteur agricole, le secteur industriel et le secteur des services. Le premier ne représente que 0,8% du PIB (source : Banque mondiale, 2019). Un article de l’agence AD’OCC écrit : « l’Allemagne a déclaré que l’industrie agricole et alimentaire était un secteur d’importance systémique et le gouvernement a lancé un programme d’aide à la liquidité et un programme de garantie de crédit pour les entreprises ». La crise sanitaire a en effet grandement affaibli ce secteur et il faudra dans les années à venir pouvoir maintenir les aides gouvernementales.

Le second secteur, l’industrie, représente 26,8% du PIB. L’industrie automobile y demeure la plus importante, mais l’Allemagne est aussi présente dans l’industrie mécanique, électrique et électronique, chimique et pharmaceutique. Ce secteur va devoir faire face à la montée en puissance de l’Empire du milieu. Aujourd’hui, la mondialisation fragilise son industrie, bien que celle-ci lui a permis de devenir puissante et performante (en 2019 l’Allemagne a exporté près de 100 milliards d’euros vers la Chine). La croissance chinoise va ralentir dans les prochaines années et les produits exportés par l’Allemagne pourraient diminuer. Des entreprises spécialisées, comme Huawei, ont fait leur apparition et veulent maintenant s’introduire sur le marché européen. Les industries allemandes, en particulier celle de l’automobile, vont devoir plus que jamais garder leur image de qualité premium et ne pas manquer la transition vers les voitures vertes et autonomes.

Pour finir, le secteur des services représente la plus grosse part du PIB avec 67,4%. Ce secteur qui apporte beaucoup de valeur ajoutée à l’industrie doit rester performant. Angel Gurria, président de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Économique (OCDE) a déclaré : « Vous devez investir dans les services, améliorer la qualification des gens dans les services, sinon le succès de l’industrie va s’affaiblir, parce que vous n’aurez pas le même niveau de productivité dans les deux domaines ».

L’Allemagne va devoir faire face à l’accélération de la mise en place des nouvelles technologies. Son adaptation va devoir se produire de manière brusque et rapide. L’institut Montaigne écrit dans un article : « Les progrès très rapides de l’intelligence artificielle, le caractère ouvert des nouvelles technologique (accessibles en ligne), les nouveaux modes de financement comme le crowdfunding ou les crypto-devises, favorisent principalement l’émergence d’entrepreneurs individuels ou de petites entreprises visant un marché mondial, et susceptibles de devenir des géants mondiaux. Ces évolutions semblent entrer en contradiction avec le pouvoir syndical ou la structure des grands Konzerns ». Les Konzerns étant un terme utilisé en Allemagne pour désigner un groupe d’entreprise, indépendante mais liées entre elles par des participations financières. Ainsi le modèle social et économique doit évoluer pour faire face aux conditions imposées par ces nouvelles technologies.

Le nouveau chancelier devra également répondre à d’autres défis, l’Allemagne se trouvant dans une situation démographique dégradée, et devra possiblement continuer à ouvrir ses portes à une immigration soutenue pour palier à une baisse de la population et limiter son vieillissement.

La construction du gazoduc Nord Stream 2 entre l’Allemagne et la Russie est également un point important. L’enjeu est de taille, avec d’un côté les occidentaux et de l’autre le Kremlin qui veulent chacun protéger leurs intérêts propres. La dimension géopolitique est réelle puisque l’Allemagne veut diversifier son approvisionnement en gaz, mais fait face aux intérêts diplomatiques et économiques des Etats-Unis vis-à-vis de la Russie. Le marché du gaz en Europe apparaît en effet particulièrement intéressant pour les États-Unis qui présentent un excédent de production. Le candidat de la CDU, Armin Laschet souhaite à l’avenir que le gazoduc soit terminé et que l’Allemagne puisse s’approvisionner auprès de la Russie.

Par ailleurs, il reste bien entendu la question de l’urgence climatique. Annalena Baerbock, la candidate du parti écologiste, reste la favorite pour mettre en place des réformes fortes et rapides dans ce domaine. Avec les inondations de juillet, l’enjeu climatique est devenu central dans la campagne pour la succession d’Angela Merkel. Les candidats à la chancellerie devront intégrer dans leur programme une part importante sur le changement climatique et y apporter des réponses, sans quoi leurs chances d’être élus pourront être compromises.

 

POUR CONCLURE

Ces élections sont les plus importantes depuis la chute du mur de Berlin. Les dossiers brûlants auxquels le/la futur(e) chancelier(ère) devra répondre sont nombreux. La stabilité économique, politique et sociale de l’Allemagne est plus que jamais fragile. Trois candidats sont en lice pour succéder à Angela Merkel : Armin Laschet du CDU (centre droit), Olaf Scholz du SPD (centre gauche) et pour finir Annalena Baerbock d’Alliance 90 (écologie).

  • Le premier, qui semble être le favori avec 28% des intentions de votes, est un européen convaincu, défenseur d’une politique d’accueil et d’intégration. Il suivra vraisemblablement la logique centriste d’Angela Merkel.
  • La deuxième favorite, Annalena Baerbock, avec 20% des intentions de votes, moderniserait l’Allemagne sur le plan climatique et énergétique en régulant de manière forte la sphère économique.
  • Pour finir, en troisième position, Olaf Scholz, avec 19% des intentions de votes, est centré sur un programme de gauche, avec pour projets l’augmentation des impôts sur les plus aisés et des allocations familiales. Lui et son parti prônent : « le respect, l’avenir et l’Europe ».

En l’Europe, mais également dans le monde, ces élections seront importantes et déterminantes pour la suite des évènements économiques, démographiques et géopolitiques.

 

D’un point de vue technique :

Après avoir été le seul indice majeur européen à avoir clôturé en territoire en positif sur le difficile exercice 2020, le Dax, semble avoir délégué son rôle de leader à ses homologues, et confirme à nouveau ses velléités haussières avec une nouvelle semaine positive. Aussi, après validation du repli initial limité par les 15.000 points et tant que notre nouveau point pivot situé sur les 14.300 points ne sera pas nettement enfoncé, une accélération vers les 17.500 points (pullback du canal de LT initié en mars 2009), puis jusqu’aux 18.970 en extension reste privilégiée. Alternativement, sous le seuil clé des 14.300 points, une reprise de la correction vers le seuil des 13.000 points sera attendue dans un premier temps.

 

 

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Réalisé par Alix Delage-Mourroux, avec l’aide de Marc Dagher

Projet d’un Euro numérique pour la BCE : ou quand la cryptomonnaie devient incontournable

Face à la dématérialisation croissante des paiements et la multiplication des monnaies virtuelles les banques centrales se lancent à leur tour dans la création de ses nouvelles technologies numériques très en vogue. Depuis déjà plusieurs années, l’euro numérique est à l’ordre du jour. Désormais, le lancement du projet est officiel. Face à la montée des cryptomonnaies qui ont en effet le vent en poupe, la BCE va mettre en place sa propre monnaie numérique à une époque où l’usage des espèces est en mutation par rapport aux paiements électroniques.

 

La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé, mercredi 14 juillet, le début d’un projet pilote de deux ans en vue d’introduire un Euro numérique. Ce projet pilote aboutirait à l’instauration d’une monnaie numérique au milieu de la décennie.

« La prochaine étape va durer 24 mois et a pour objectif de travailler sur les caractéristiques et sur la distribution de cette monnaie digitale », a annoncé le rapport de la BCE. « Notre objectif est d’être prêt au bout de ces deux ans pour commencer à développer un euro numérique, ce qui pourrait prendre environ trois ans », a déclaré ce mercredi Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE. L’Euro numérique aboutirait donc à un lancement effectif autour de 2025/26.

 

Pourquoi un euro numérique ?

La digitalisation a envahi tous les aspects de notre quotidien et a transformé nos modes de paiement. Les paiements sont en train de vivre une transition radicale et les Banques centrales ont un rôle majeur à jouer dans ce processus. « Un euro numérique serait un symbole de progrès et d’intégration européenne. », a déclaré Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE, lors de la présentation du rapport sur l’euro numérique.

Dans cette nouvelle ère, un euro numérique garantirait aux citoyens de la zone euro d’avoir un accès gratuit à des modes de paiement simples, universellement acceptés et sécurisés. De surcroit, il soutiendrait la numérisation de l’économie européenne et encouragerait l’innovation dans les paiements. « Un euro numérique combinerait l’efficacité d’un instrument de paiement digital et la sécurité d’une monnaie de Banque centrale » a annoncé le site de la BCE.

Christine Lagarde, présidente de la BCE, est enthousiaste quant à la création d’une monnaie virtuelle issue de la Banque centrale. La BCE a averti qu’échouer à en créer une pourrait compromettre l’autonomie monétaire du bloc en tant que prestataire de paiement et laisserait trop de place aux géants étrangers de la Tech. « La monnaie de banque centrale resterait au cœur du système de paiement, renforçant l’autonomie de l’Europe à l’ère de la monnaie numérique », a déclaré M. Panetta.

Si la BCE finit par adopter une monnaie numérique, elle suivra probablement les traces de la Chine, où des essais ont commencé dans plusieurs villes. Les îles des Caraïbes orientales ont déjà lancé leur propre version. La Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque d’Angleterre (BoE) étudient les possibilités pour leurs économies respectives.

Les différents stades de développement des banques centrales vis-à-vis du développement des monnaies numériques

 

Les recherches et les remarques officielles décrivent cet euro numérique comme un système de paiement rapide, facile à utiliser et sûr. Pour Christine Lagarde, ayant déjà critiqué les cryptoactifs privés, ce système offrirait également une alternative au Bitcoin et à ses homologues.

« Cela fait neuf mois que nous avons publié notre rapport sur un euro numérique. Au cours de cette période, nous avons effectué des analyses plus poussées, sollicité la contribution des citoyens et des professionnels et mené quelques expériences, avec des résultats encourageants », a déclaré Madame Lagarde dans un communiqué. « Tout cela nous a amené à décider de passer à la vitesse supérieure et de lancer un projet pilote d’euro numérique. », a-t-elle ajouté.

La BCE a déclaré sur son site que l’euro numérique sera « l’équivalent des billets en euros, mais sous forme dématérialisée ». Cette forme de monnaie électronique serait émise par l’Eurosystème et accessible à tous, ménages comme entreprises. L’euro numérique ne va pas remplacer les billets et les pièces. « Un euro numérique existerait parallèlement aux espèces, sans les remplacer. L’Eurosystème veillera à ce que vous disposiez toujours de billets et pièces, dans l’ensemble de la zone euro. » a été mentionné sur le site de la BCE.

 

Quelle est la prochaine étape ?

Une fois la phase d’investigation qui va durer deux ans et au cours de laquelle seront déterminés les caractéristiques et les canaux de distribution de la monnaie virtuelle achevée, la Banque va décider d’entamer, ou non, la mise en place d’un euro numérique. Les travaux expérimentaux réalisés jusqu’à présent ont prouvé qu’il n’existait pas de restrictions technologiques majeurs à l’émission d’un euro numérique.

Les experts de l’Eurosystème ont défini un certain nombre d’exigences fondamentales pour un euro numérique, telles que la facilité d’accès, la robustesse, la sécurité, l’efficacité, la confidentialité et la conformité à la loi. Ces critères aideront la BCE à définir ce à quoi pourrait ressembler un euro numérique.

 

Quel intérêt pour les consommateurs ?

« Pour les consommateurs, cela assure que chacun ait un compte bancaire directement auprès de la BCE » explique Ano Kuhanathan, économiste à l’Institut Rousseau, ajoutant que « la réduction des frais de transaction est un bénéfice évident pour les entreprises ».

L’euro numérique va donc permettre aux ménages et aux entreprises de déposer directement cette monnaie sur un compte créé au sein de banques commerciales ou d’autres acteurs financiers régulés. Cet argent sera protégé contre tout risque de perte. « Le but de nos travaux est de veiller à ce qu’à l’ère numérique, les ménages et les entreprises aient toujours accès à la forme de monnaie la plus sûre : la monnaie de Banque centrale. » a affirmé Christine Lagarde.

La récente consultation de la BCE sur l’euro numérique auprès des consommateurs a révélé que leur plus grande inquiétude était que ces transactions portent atteinte à leur vie privée. M. Panetta a répondu à cela que l’institution avait testé des moyens permettant la séparation de l’identité des personnes des détails de leur paiement.

« Le paiement sera effectué, mais personne dans la chaîne de paiement n’aura accès à toutes les informations », a-t-il déclaré. « Si la Banque centrale s’implique dans les paiements numériques, la vie privée sera mieux protégée… car nous ne sommes pas comme les entreprises privées… nous n’avons aucun intérêt commercial à stocker, gérer ou monétiser les données des utilisateurs », a-t-il ajouté.

L’euro numérique est-il un cryptoactif ?

Non. Les cryptoactifs sont fondamentalement différents de la monnaie de Banque centrale. Leurs prix sont souvent volatiles, ceci complique leur utilisation comme moyen de paiement. De plus, il n’y a aucune institution publique qui les soutient.

En revanche, l’euro numérique pourrait avoir le même système de sécurité et de confiance que les billets et les pièces de monnaie puisqu’il serait lui aussi soutenu par la Banque centrale.

 

Alternative blockchain

Les monnaies numériques des Banques centrales sont inspirées par l’essor des cryptoactifs, elles ne fonctionnent toutefois pas sous la même technologie. La BCE s’inquiète du fait que les technologies des registres distribués (DLT : Distributed Ledger Technology), comme la blockchain, reposent sur un processus de vérification décentralisé qui compromettrait la supervision et le contrôle.

La Banque centrale dispose d’un autre système appelé TARGET Instant Payment Settlement ou TIPS qu’elle a lancé en 2018 et qui serait plus adéquat. Elle pourrait aussi envisager un système hybride fonctionnant à la fois sous TIPS et sous DLT.

Les expériences ont montré que les deux systèmes pourraient être mis à l’échelle pour traiter les quelques 300 milliards de transactions de détail effectuées chaque année dans la zone euro, a déclaré la BCE mercredi.

 

Angoisse bancaire

Les banques commerciales s’inquiètent des conséquences de cette innovation sur leurs activités. Le principal risque est la fuite des épargnants vers cette nouvelle forme de monnaie, soit en période de crises ou pour éviter les frais d’un compte de dépôt classique. Ceci pourrait fragiliser les banques de la zone euro.

Pour minimiser ce risque, Fabio Panetta a suggéré soit d’instaurer un plafond de 3.000 euros numériques, ou alors l’application de taux d’intérêts négatifs sur les montants dépassant ce seuil.

Les banques traditionnelles auront cependant beaucoup à faire. Bien que la BCE compte prendre en charge l’infrastructure technologique et la supervision, elle ne veut pas avoir affaire directement avec les centaines de millions d’utilisateurs. Elle a signalé avoir une préférence que l’accès à l’euro digital soit proposé par des intermédiaires.

 

Plus propre et plus vert

La BCE a annoncé ce mercredi 14 juillet que jusqu’à présent les expériences ont montré que l’euro digital serait plus écologiquement responsable et utiliserait une quantité d’énergie « négligeable » par rapport aux cryptoactifs comme le Bitcoin.

A savoir que la monnaie traditionnelle nécessite aussi une quantité d’énergie plutôt conséquente : le cuir et l’étain pour les pièces de monnaie, les combustibles fossiles pour le transport et l’électricité pour les distributeurs automatiques de billets. Une étude réalisée en 2018 par la Banque centrale néerlandaise a montré que l’énergie consommée pour permettre un achat typique avec des billets et des pièces allumerait une ampoule de 8 watts pendant deux heures. Pour une transaction par carte de débit, cela tombe à 90 minutes.

 

Politique monétaire

Le rapport de l’année dernière de la BCE explique qu’un euro numérique serait un « puissant instrument » et que son rôle « se matérialiserait dans le futur ».

Il permettrait de lever certains des obstacles à une réduction des taux d’intérêts au-dessous de zéro pour stimuler l’économie. Il pourrait aussi faciliter l’implémentation de la « monnaie hélicoptère » (le fameux QE, ou « Quantitative Easing ») – transférer directement de la masse monétaire aux consommateurs pour booster la consommation-.

 

 

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Réalisé par Yasmine Belmokhtar, avec l’aide de Marc Dagher

Faut-il annuler la dette COVID ?

La question divise. Les avis divergent. Un débat complexe, sans étiquette politique, qui mêle grandes institutions financières, dirigeants nationaux et experts dans le domaine : l’annulation de la « dette Covid ». Cette question qui a vu le jour, avec l’explosion dans tous les pays du monde de la dette publique due à une crise sanitaire sans précédent, remet en cause le principe même du fonctionnement de ladite dette. Ce débat n’est apparu que récemment. Cependant, annuler la dette publique des états membres de l’Union européenne, détenue par la Banque centrale européenne (BCE), serait un processus totalement nouveau et personne ne sait si les conséquences seraient bénéfiques ou dangereuses pour l’équilibre financier et économique.

 

  1. INTRODUCTION

Le principe de la dette remonte avant même l’invention de l’écriture. Cependant, celle-ci fait son apparition, telle qu’on la connaît aujourd’hui, durant l’ère mésopotamienne. Les Cités-Etats de l’époque géraient des temples religieux colossaux qui faisaient fonctionner une grande partie de l’économie. Les sujets, s’ils avaient des besoins pécuniers, devaient se présenter devant ces organisations et alors s’acquitter d’une dette et des intérêts équivalents. Malheureusement, de nombreux paysans, artisans, etc. qui se voyaient dans l’impossibilité de rembourser leurs dettes, quittaient leurs maisons par peur d’être réduits en esclavage et rejoignaient des communautés recluses. Ainsi, pour contrer ce phénomène, les rois annonçaient des amnisties générales concernant leurs dettes. En plus de révéler les prémices du principe de la dette, cette époque nous montre que le mécanisme financier actuellement débattu avait sa place et permettait l’ordre social et une prospérité économique.

Depuis donc la naissance du mécanisme de la dette, l’histoire a vu de nombreux exemples d’annulation de dette. Pour quelles raisons cette question fait-elle alors son apparition aujourd’hui ? La crise sanitaire sans précédent a poussé de nombreux Etats à emprunter pour faire face aux dépenses publiques. La BCE, pour soutenir l’économie, a racheté aux investisseurs privés leurs titres de dettes en émettant de la monnaie. Ce programme, appelé Pandemic Emergency Purchase Programme (PEPP) a permis de soutenir l’économie de la zone euro. Actuellement, la BCE détient 25% de toutes les dettes publiques nationales de la zone euro, soit 2.500 milliards d’euros.

Comment fonctionne la dette ? Quels sont les arguments pour ? Les arguments contre ? Le débat a-t-il une issue ? C’est l’objet de la suite de notre article.

 

  1. COMMENT FONCTIONNE LA DETTE PUBLIQUE ?

Tous les ans, l’Etat prévoit les dépenses publiques ainsi que les recettes sur lesquelles il peut compter. Il en découle un budget qu’il tente tant bien que mal de tenir. Seulement, lorsque l’Etat dépense plus que ses recettes, son budget devient déficitaire. Il lui manque donc de l’argent. Comment fait-il alors ? Une solution : l’emprunt. Sa dette se forme alors et les intérêts font leur apparition.

Mais à qui l’Etat peut-il emprunter ? Pendant longtemps, celui-ci se dirigeait vers les banques centrales ou des institutions financières… Seulement, cette solution n’est plus d’actualité. En se finançant de cette sorte en effet, il y a un risque d’inflation et donc de perte de pouvoir d’achat.

Des nouvelles manières de financement ont vu leur apparition : les financements grâce aux marchés. Un nouveau titre voit le jour : le bon de trésor. Celui-ci permet à un investisseur privé d’acheter un coupon avec un taux d’intérêt fixé. L’Etat reçoit l’argent et l’investisseur les intérêts versés par celui-ci.

« UNE DETTE RECORD DE 2700 MILLIARDS D’EUROS POUR LA FRANCE »

La BCE, lors de la crise sanitaire, a dû mettre en place certaines mesures. Parmi ces mesures, le PEPP (cité précédemment). La dette publique est détenue par des investisseurs privés. La BCE, plus précisément l’Eurosystème, rachète une partie de ces titres durant la crise. Pour 750 milliards début 2020, plus 600 milliards le 4 juin 2020 et pour finir 500 milliards le 10 décembre 2020. Ce programme a permis de faciliter le financement d’une multitude d’agents économiques et donc, par un effet de ruissellement, le fonctionnement local de l’économie. Il faut tout de même savoir que le rachat de titres de dette par la BCE ou les banques centrales nationales n’est pas nouveau. Cela existe depuis 2015. Au total, il y a eu plus de 3.245 milliards d’euros d’emprunts sur la zone euro.

A quel niveau se situe la dette française ? Actuellement, la France détient une dette de 2.700 milliards d’euros. Cette dette atteint un seuil record qui correspond à 116,4% du produit intérieur brut (PIB). A titre de comparaison, la dette de l’Italie est de 155,8% du PIB et celle du Royaume Uni est de 103,66% du PIB.

Evolution de la dette publique en France en pourcentage du PIB entre 1995 et 2020.

 

  1. LE POUR ET LE CONTRE DE L’ANNULATION

Avant d’observer les arguments qui sont en faveur ou ceux contre l’annulation de la dette, essayons de comprendre pourquoi il y a un intérêt à l’annuler. La dette Covid est donc détenue, en partie, par la BCE. Mais à qui appartient cette institution européenne ? Tout simplement aux différentes banques centrales de chaque pays de l’Union européenne. En effet, ces banques sont en quelque sorte des actionnaires et possèdent une part du capital de la BCE. La contribution des banques centrales nationales dépend de la population et de l’économie de chaque pays et se voit éventuellement modifiée tous les cinq ans.

Par conséquent, la dette détenue par la BCE appartient aux différents États de l’Union européenne. Evolution de la dette publique en France en pourcentage du PIB entre 1995 et 2020.

Annuler la dette Covid reviendrait à effacer notre propre dû, une opération blanche en quelque sorte. En effet, la BCE ne craint pas de perdre son argent et peut décider d’effacer les dettes des pays membres. Cette action viendrait conjointement avec un accord commun des Etats membres qui s’engageraient par exemple à investir dans la transition écologique. Ainsi, cela reviendrait à gommer des chiffres inscrits sur une feuille, assouplir le poids de la dette nationale respectif et utiliser cet argent pour des investissements environnementaux et écologiques. La cheffe économiste de Trésor Agnés Bénassy-Quéré dans le Parisien expliquait « les partisans de l’annulation expliquent que la Banque de France peut faire des pertes, cela n’a pas d’importance car elle ne fera pas faillite. »

Rembourser la dette serait soi-disant insurmontable pour les pays membres. Dans une tribune au monde, 150 économistes, expliquent « si nous rembourserons cette somme nous devrons la trouver ailleurs ». Une dette colossale qui serait un frein à la reprise de la croissance. Selon ces mêmes économistes, pour rembourser, les Etats seraient contraints d’augmenter les impôts ou de diminuer les dépenses publiques. Deux décisions qui pourraient poser des problèmes sociaux et économiques pour l’ensemble des agents économiques.

Seulement, pour d’autres économistes, la situation financière actuelle dont bénéficient les Etats est exceptionnellement favorable. En effet, les taux d’intérêt sont bas, voire négatifs. L’argent est en quelque sorte gratuit. Le poids de la dette, les remboursements annuels seraient moins importants, pour les Etats, que les années précédentes. Néanmoins, il reste judicieux de prendre en compte que ces taux d’intérêt historiquement bas sont passagers et peuvent finir par remonter. Dans ce cas, les futures politiques budgétaires devront être façonnées dans le seul but de « rembourser ».

Il est interdit d’annuler la dette. Christine Lagarde, présidente de la BCE déclarait le 7 février dernier : « l’annulation de la dette Covid est inenvisageable et ce serait une violation du traité européen, qui interdit strictement le financement monétaire des Etats ». Modifier le traité européen serait un processus lourd et fastidieux. L’ensemble des pays de l’Union européenne doit participer.

Dans l’autre camp, on joue sur la formulation de l’annulation de la dette dans le traité. L’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne stipule : « Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées banques centrales nationales, d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions… […] ». Cependant, il n’est pas évoqué le cas d’une possible annulation de la dette. Selon plusieurs économistes, il serait temps d’ouvrir de nouvelles possibilités adaptées aux conditions actuelles. Revoir les traités, avec l’accord des pays membres, permettrait de mettre en place des mesures économiques et financières efficaces sur le long terme.

L’annulation de la dette, une cause possible d’un dérèglement général de l’économie. Pour les opposants à la mesure, l’annulation de la dette pourrait aboutir à une inflation incontrôlée. L’Argentine en 2020, avait pour la neuvième fois de son histoire été incapable d’honorer une échéance de prêt. En 2001, avec un défaut historique, le pays a connu une crise sociale et économique sans précédent. En 2020, l’inflation y était de 31,1% selon le Figaro contre 0,5% en France. Si un tel cas se produisait, la BCE serait obligée de modifier la trajectoire de sa politique monétaire et d’augmenter les taux d’intérêt. Un sujet surveillé comme le lait sur le feu par les Etats et les investisseurs privés.

Ensuite, cette annulation entacherait la réputation de la BCE et des pays membres de l’Union européenne. La confiance des investisseurs s’en verrait gravement amoindri. Le risque des titres obligataires serait considéré plus important et donc une prime de risque plus conséquente serait demandée, ce qui provoquerait la fuite de nombreux investisseurs.

Pour les partisans de l’annulation de la dette, il n’y aurait pas de risque d’inflation. Celle-ci a disparu, la liquidité mondiale est énorme et le risque de déflation serait plus probable que celui de l’inflation. L’annulation de la dette ne serait pas un vecteur de création monétaire mais seulement une pérennisation.

Ensuite, le principe moralisateur qu’une « dette se doit d’être remboursée » n’est pas applicable dans le cas de la BCE. Celle-ci n’est exigible par personne et ne met en défaut aucun épargnant. Il apparaîtrait que cette annulation pourrait ramener de la confiance envers les Etats car leur solvabilité se verrait améliorée. Les investisseurs pourraient possiblement prendre cette mesure comme bénéfique pour l’économie et participer au développement de celle-ci.

 

  1. POUR CONCLURE

Annuler la dette covid ou non ? La question semble en suspens. Les élections présidentielles prochaines en Allemagne et en France seront déterminantes pour la décision d’une hypothétique annulation. Celle-ci est réellement considérée car la gravité de la situation économique pourrait imposer à la BCE d’intervenir au-delà de ses règlements. Il semble nécessaire d’encadrer et de rendre transparentes toutes démarches financières pour éviter des conséquences indésirables. Une telle décision aurait des impacts futurs conséquents sur la société. Elle permettrait de remettre en cause un système financier global et ouvrir les portes à de nouvelles mesures. Selon le journal la Tribune, l’annulation de la dette « allégerait la charge de remboursement des générations futures. Elle atténuerait la vulnérabilité de nos économies à des chocs à venir probables. Elle aiderait à préserver le tissu économique, à endiguer la pauvreté, à restaurer la cohésion sociale et à consolider la démocratie. »

 

Impact du Covid sur Accor, Air France-KLM, le Cac et le Nasdaq

  • Accor

Le groupe hôtelier français a été fortement impacté par la pandémie puisqu’il a dû fermer une grande partie de ses hôtels dans le monde pendant plusieurs mois. Accor a perdu -46,38% en février-mars, au pic de la crise du Covid-19 lorsque le groupe n’avait pratiquement aucune rentrée de chiffre d’affaires en raison de la fermeture de ses établissements. Sur le long terme, le secteur de l’hôtellerie va redémarrer cependant une nouvelle vague toucherait gravement Accor.

 

  • Air France-KLM

La compagnie aérienne française, comme toutes les entreprises liées au secteur du tourisme, a été fortement impactée par la Covid. En effet, entre février et mars 2020, le cours de bourse a chuté de 61,98% et a continué de baisser pour atteindre son plus bas historique en novembre 2020 à 2,61€. Selon des experts, le “retour à la normale” du trafic aérien n’aura pas lieu avant 2024.

 

  • Cac 40

Après avoir perdu 40,56% au pic de la pandémie, le baromètre de la place parisienne a comblé le gap Covid au cours d’avril 2021. Tiré par un secteur du luxe qui n’a pas connu la crise et qui a atteint des sommets historiques, le Cac 40 a été dopé depuis l’impact Covid. L’indice de référence de la Bourse de Paris est même le second indice majeur international le plus performant en ce début d’année, derrière l’AEX néerlandais.

 

  • Nasdaq 100

Comme nous l’avons vu dans un précédent article, le secteur technologique a été moindrement impacté par la crise du Covid et a même su en tirer profit comme en témoigne le graphique ci-dessus. En effet, le Nasdaq 100, indice de référence technologique américain, a perdu 30,45% entre février et mars 2020 mais a retrouvé très rapidement ses niveaux d’avant crise avant de largement les dépasser, porté notamment par ses cinq valeurs phares que sont les GAFAM.

 

 

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Réalisé par Alix Delage, avec l’aide de Marc Dagher

FUN FACTS : brillez dans les dîners !

Aujourd’hui, nous vous proposons une petite mise en abyme de notre rubrique « A savoir… ». Aussi, découvrez une liste de 20 faits insolites, amusants et autres anecdotes intéressantes sur tout ce que vous devez savoir sur le monde de la finance. Apprenez-les pour épater vos amis, améliorer votre culture générale et/ou briller en société.

 

Du côté des actions…

  1. La toute première action à être cotée à la bourse d’Amsterdam fut la Compagnie néerlandaise des Indes orientales en 1602. Il s’agissait d’une multinationale chargée par le gouvernement néerlandais de faire du commerce avec l’Asie dans une situation de monopole. Elle a versé un dividende de 18% pendant presque tout le temps.
  1. Si vous aviez investi 1 000$ sur Amazon en 1997, vous auriez aujourd’hui 1 862 150$ soit un gain de 186 115%.
  1. L’action la plus chère vendue sur le NYSE est Berkshire Hathaway, Class A, du milliardaire Warren Buffett ; elle se vend 416 244 $ l’action.
  1. Si les GAFAM étaient un pays et que leurs chiffres d’affaires de base étaient un PIB alors ils seraient classés 17ème puissance mondiale devant des pays comme la Suisse, les Pays-Bas ou encore l’Arabie Saoudite.

 

Du côté des marchés…

  1. La tulipomanie, la crise de la tulipe est considérée comme la toute première bulle spéculative de l’histoire. Au XVIIe siècle, au pic de la crise, le prix des bulbes de tulipe valait 10 fois le salaire d’un artisan qualifié. Un acte notarié atteste la vente de 40 bulbes pour 100.000 florins soit l’équivalent 1,25 millions d’euros.
  1. En 1979, le Dow Jones Industrial Average cotait à 800 et une célèbre couverture de la Business Week avait publié « la mort des actions ». Aujourd’hui, le Dow Jones Industrial Average cote autour des 35.000 points.
  1. En 2019, 43.248 entreprises étaient cotées en bourse. La capitalisation boursière totale des entreprises cotées représentait alors 113,92% du PIB mondial.
  1. Les expressions Bearish (marché baissier) et Bullish (marché haussier) viennent de la façon dont attaquent les deux animaux. En effet, l’ours (bear) attaque de haut en bas alors que le taureau (bull) attaque lui de bas en haut.

 

Du côté des cryptos…

  1. Les pizzas les plus chères de l’histoire ont été payées le 22 mai 2010, 10.000 BTC pour deux pizzas Papa John’s. Qui veut une part de pizza à 308 millions de dollars ? Laszlo Hanyecz, programmateur hongrois, a été le premier à acheter avec du BTC.

  1. Il n’y a pas de quantité infinie de Bitcoin, il y en a 21 millions d’unités très exactement. En 2140, les 21 millions auront été extraits et plus un seul Bitcoin ne pourra être créé.
  1. Lors de la pandémie, les activités illicites (blanchiment d’argent, trafics) financées en cryptomonnaie ont atteint 10 milliards de dollars.

 

Du côté des faits historiques…

  1. La plus vieille banque du monde, Monte dei Paschi, créée en 1472 dont les quartiers généraux sont en Toscane en Italie, opère toujours de nos jours.
  1. Le fameux taureau de Wall Street, réalisé par Arturo Di Modica, a été installé illégalement par l’artiste lui-même en face de la bourse. La police a donc saisi l’œuvre avant de la déplacer quelques jours plus tard vers son emplacement actuel, la place du Bowling Green.
  1. 436 tonnes d’or en lingots et barres de 12 kilos sont conservées au siège de la Banque de France en plein cœur de Paris au huitième sous-sol 40 mètres sous terre. La France possède la quatrième plus importante réserve d’or de la planète.

 

Du côté des hommes d’affaires…

  1. Alors enfant, Warren Buffett avait calculé qu’il pourrait devenir millionnaire avant ses 35 ans grâce à ses revenus, au réinvestissement des bénéfices et aux intérêts composés. Il atteignit son objectif à 30 ans.
  1. Bill Gates a dit à ses professeurs de l’université d’Harvard qu’il serait millionnaire à l’âge de 30 ans cependant, il est devenu milliardaire à l’âge de 31 ans.

  1. Steve Jobs et Steve Wozniak ont créé Apple dans un garage en 1976. Ils l’ont appelé ainsi, car le jour des statuts, ils n’avaient pas de nom pour leur société et étaient en train de manger.

 

Du côté des influenceurs…

  1. En 2018 Kylie Jenner avait fait perdre 6% à l’action Snap (maison-mère de Snapchat) en bourse à la suite d’un tweet.
  1. En 2020 Elon Musk a fait dégringoler le cours de Tesla, sa propre entreprise, de plus de 10% à la suite d’un tweet dans lequel il disait que le prix de l’action était trop élevé.
  1. Lors de l’Euro 2021, Cristiano Ronaldo a fait reculer le cours de Coca-Cola de 1,6% en remplaçant une bouteille de la marque de soda par une bouteille d’eau.

BCE : des enjeux majeurs face à une situation incertaine

Depuis sa révision stratégique et sa nouvelle cible d’inflation, la BCE ne s’est pas réunie, cela promet une réunion de politique monétaire animée ce jeudi 22 juillet. Menacée par la recrudescence du variant Delta, le doute plane sur les perspectives de croissance en zone euro et sur la mise en place de ce nouveau virage. Le conseil des gouverneurs doit dévoiler les indications sur l’évolution future de la « forward guidance » très attendues par les marchés financiers.

 

La BCE revoit son objectif d’inflation pour la première fois depuis 2003 

Francfort, 08 juillet – Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), a annoncé plus tôt que prévu les résultats de sa révision stratégique lors d’une conférence de presse surprise.

Fixé depuis la dernière révision stratégique de 2003, il y a dix-huit ans, à un taux proche mais inférieur à 2%, la BCE a fixé ce jeudi un nouvel objectif d’inflation. Ceci marque la mort de la doctrine monétaire conservatrice de la Bundesbank allemande qui a servi de base à la création de l’euro.

La BCE a également révélé son objectif de lutter contre les risques liés au changement climatique en se détournant de l’achat d’actifs relevant d’entreprises à forte émission carbone et qui ne sont pas alignés aux objectifs environnementaux de l’UE. En outre, elle s’est attaquée à la flambée des prix de l’immobilier en promettant d’intégrer le coût de possession d’un logement dans sa mesure de l’inflation.

 

Pourquoi est-il nécessaire de fixer un taux d’inflation limite à ne pas dévier ?

Pour rappel, l’inflation est un taux qui permet de mesurer l’évolution des prix des biens et des services au fil du temps.  Elle est mesurée par la comparaison des prix actuels avec les prix des années précédentes. Alors, si l’inflation est de 3%, ceci impliquerait que les prix soient 3% plus élevés (en moyenne) qu’ils ne l’étaient l’année précédente.

Ainsi, pour que l’inflation soit stable et basse, le Gouvernement européen fixe un taux d’inflation stable de 2%. Ceci permet à tous les agents économiques de planifier leur futur.

Si l’inflation est trop élevée ou connaît de fortes fluctuations, il serait compliqué pour les entreprises de fixer des prix adéquats et pour les ménages de planifier leurs dépenses.

En revanche, si l’inflation est trop basse ou négative, certains pourraient se mettre à attendre que les prix baissent pour consommer. Bien que l’idée de prix bas semblerait attrayante, si tous réduisaient leurs dépenses, les entreprises y perdraient beaucoup et le taux de chômage augmenterait. Ainsi, toute baisse ou hausse de plus de 1% de l’objectif doit être signalée au Gouvernement pour y remédier.

L’objectif principal de la BCE est de maintenir la stabilité des prix dans la zone européenne. L’Eurosystème, sans porter préjudice à l’index objectif de la stabilité des prix, se doit aussi d’encourager les politiques économiques de l’UE tout en contribuant à la réalisation des objectifs de l’UE. Ces objectifs comprennent, tout en veillant à maintenir la stabilité des prix, une croissance économique stable, un marché social compétitif, la protection et l’amélioration de la qualité de l’environnement.

Depuis la dernière révision stratégique de 2003, la zone économique européenne et l’économie mondiale ont vécu de forts changements structurels. La baisse de la croissance économique, étant rattachée à un ralentissement de la croissance de la productivité, à des facteurs démographiques et aux crises financières mondiales a causé la baisse des taux d’intérêts réels. Conséquence : la Banque Centrale Européenne et les autres Banques Centrales ne peuvent plus atteindre leurs objectifs en se basant uniquement sur la variation des taux d’intérêts directeurs. En outre, la globalisation, la digitalisation, les menaces environnementales et les changements du système financier compliquent la fixation des politiques monétaires.

Alors que l’inflation est restée en dessous de son objectif pendant près de dix ans, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a passé au peigne fin les rouages de la Banque, remettant même en question les principes fondamentaux de la Banque centrale dans l’espoir de redéfinir la stratégie et de renforcer sa crédibilité.

Les politiques monétaires de la BCE sont fondées sur une évaluation de tous les facteurs pertinents à la prise de décisions. Cette évaluation est bâtie autour de deux analyses interdépendantes : l’analyse économique et l’analyse monétaire et financière. L’analyse économique se concentre sur le développement réel et nominal de l’économie. Tandis que l’analyse monétaire et financière va examiner les indicateurs financiers et monétaires en se concentrant sur le mécanisme de la transmission monétaire et les risques probables à moyen terme de la stabilité des prix.

Conclusion principale : la BCE a fixé le taux d’inflation à 2% remplaçant la formulation précédente pratiquée depuis 2003, de : « proche mais inférieur à 2% sur le moyen terme ». Une formulation qui donnait l’impression de plus s’inquiéter d’une croissance des prix supérieure à l’objectif qu’inférieure. La Banque centrale estime que ce nouvel objectif de 2% est symétrique. Désormais, une déviation de l’inflation par rapport à l’objectif est défavorable dans les deux sens.

Andrew Kenningham, économiste chez Capital Economics, a déclaré que même si « les implications immédiates [sur la trajectoire de la politique monétaire] sont modestes », cette décision constitue « un changement historique pour la BCE » et « la mort de la tradition de la Bundesbank, qui a toujours mis l’accent sur les risques d’inflation élevée avant tout ».

Pour maintenir la symétrie de son objectif d’inflation, la BCE reconnaît l’importance de prendre en compte les implications d’une économie fonctionnant en borne inférieure. Elle estime, dans ce cas, à moyen terme, qu’une période transitoire au cours de laquelle l’inflation est au-dessus de son objectif est inévitable. Ainsi, la BCE autorise des déviations modérées de l’objectif d’inflation à court et à moyen terme. « La flexibilité de l’orientation à moyen terme de la politique monétaire permet de répondre à la déviation de l’objectif d’inflation dans un contexte spécifique. Cette déviation dépend de l’origine, de la magnitude et de la persistance de celle-ci », a expliqué le rapport de la BCE.

« Nous estimons que l’objectif de 2% est plus clair, plus simple à communiquer et offre un bon équilibre », a déclaré Madame Lagarde lors d’une conférence de presse.  La BCE a concédé que dans certaines situations, lorsqu’un soutien monétaire particulièrement persistant est nécessaire, l’inflation pourrait dépasser temporairement et modérément son objectif et a déclaré que 2 % ne constituait pas un plafond. « Nous savons que les 2% ne vont pas être constamment en ligne avec l’objectif, il pourrait y avoir une certaine déviation modérée, temporaire, à la hausse ou à la baisse de ces 2%, et ce n’est pas grave », a ajouté la présidente de la BCE.

La BCE n’a pas fixé la durée transitoire ni le taux de déviation autorisé. Cependant, la majorité comprend de cette déviation modérée, une déviation n’excédant pas les 0,5%. Et la « période transitoire » est majoritairement interprétée comme une période s’étalant de 6 à 12 mois.

« La taille de la déviation tolérée va varier en fonction de la cause » a exprimé Luca Felize Mezzomo, un économiste à Intesa Sanpaolo. « En supposant que la déviation ne soit pas à court terme, je pense que 0,5% pourrait être la limite de déviation modérée tolérée par la BCE » a ajouté l’économiste.

Toutefois, la BCE n’est pas allée aussi loin que la Réserve fédérale américaine (FED) qui s’est engagée formellement, l’année dernière, à un taux flexible d’inflation. Ceci signifie qu’elle fixera un taux fluctuant selon les périodes, elle cherchera à faire en sorte que le taux d’inflation dépasse son objectif pour compenser une période où il y était inférieur. « Sommes-nous en train de mettre en place un taux flexible d’inflation comme la FED ? La réponse est non », a répondu Lagarde.

Le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, fait partie des sceptiques à l’égard d’une telle approche. Il a déclaré que le maintien d’une politique souple alors que l’inflation réelle est supérieure à l’objectif à moyen terme peut donner l’impression que la Banque centrale maintient délibérément les coûts d’emprunt du gouvernement à un faible taux, ce qui compromet son indépendance face à la dominance fiscale.

Seconde conclusion : lutter contre le changement climatique est une priorité politique pour l’UE. Le changement climatique et la transition vers une économie durable affectent la stabilité des prix à travers son impact sur des indicateurs macroéconomiques comme l’inflation, le rendement, l’employabilité, les taux d’intérêts, l’investissement, la productivité, la stabilité financière et la politique monétaire. En outre, le changement climatique et la transition vers une économie à faible émission influent sur la valeur et sur les risques inhérents aux types d’actifs enregistrés dans les bilans de l’Eurosystème, ce qui pourrait mener à une accumulation indésirable des risques financiers liés au climat.

Le changement climatique a de profondes implications sur la stabilité des prix à travers son impact sur la structure et sur la dynamique cyclique de l’économie et du système financier. La BCE s’engage à s’assurer que l’Eurosystème prenne en compte les implications du changement climatique dans ses politiques monétaires. Et ce, à travers la conception de mesures en cohérence avec l’objectif de la stabilité des prix et qui prennent en compte les implications du changement climatique.

Pour atteindre ses objectifs, la BCE va accélérer le développement de nouveaux modèles et va conduire des analyses théoriques et empiriques pour surveiller les implications du changement climatique sur l’économie et sur le système financier.

La BCE va également développer de nouveaux indicateurs pilotes pertinents à l’évaluation et à l’exposition aux risques physiques liés au climat des instruments financiers.

En outre, la Banque va introduire des exigences de divulgation pour les actifs du secteur privé. Ces exigences vont prendre en compte les politiques et les initiatives de l’UE en matière de divulgation et de reporting sur le développement durable. Elle compte annoncer un plan détaillé en 2022.

A compter de 2022, la BCE va effectuer des stress tests environnementaux sur les bilans de l’Eurosystème afin d’évaluer l’exposition de l’Eurosystème aux risques liés au climat. De plus, la BCE va envisager le développement de standards minimaux pour incorporer les risques du changement climatique sur ses notations internes. De même, la BCE va continuer à surveiller le développement structurel du marché en matière de développement durable des produits et est disposée à encourager l’innovation en ce qui concerne la finance durable.

Enfin, la BCE a commencé à inclure les risques liés au changement climatique dans ses procédures de due diligence concernant ses achats du secteur corporate.

Certains économistes ont été déçus que la BCE n’aille pas plus loin. Daniela Gabor, professeure d’économie à University of the West England, a déclaré sur Twitter que la BCE « décevait ceux d’entre nous qui attendaient une approche ambitieuse ».

La Banque centrale a précisé qu’elle procédera à des révisions « périodiques » de sa stratégie, la prochaine devant débuter en 2025.

 

 

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Réalisé par Yasmine Belmokhtar, avec l’aide de Marc Dagher

LVMH ANALYSE TECHNIQUE

Depuis son point bas de mars 2020 lié à la crise du Covid, LVMH est en très nette progression. Le titre évolue au sein d’un canal haussier depuis novembre 2020. Actuellement, proche de la borne basse du canal et de notre point pivot des 635,50€ (trait bleu) qui est aussi un overlap, le timing est idéal pour jouer une accélération à la hausse. Le RSI est sur le point de franchir le seuil des 50, signal fort pour se positionner à l’achat. De plus, les bandes de Bollinger nous donnent un signal puissant, suite à la sortie de la bande inférieure le cours vient d’être réintégré entre les deux bornes (se référer au graphique ci-dessous). Notre avis est donc positif sur le titre avec en ligne de mire un premier objectif à 727€ en amont d’une accélération vers les 780€.

Scénario alternatif : attention toutefois, la franche cassure de notre point pivot des 635,50€ et de la borne basse du canal haussier invaliderait notre scénario et conduirait à une pression baissière avec un retour vers les 600€.

 

Quel avenir pour l’or noir à l’ère de la transition énergétique ?

Après un début d’année 2020 lourdement marquée par la combinaison d’un choc de l’offre et de la demande sans précédent et par le contexte de la pandémie mondiale du Covid-19, le cours du pétrole remonte très fortement (depuis le fameux point bas de mars 2020). Une tendance inverse qui s’explique principalement par une future reprise de l’activité économique dans l’ensemble des pays et notamment en Chine, un des pays importateurs principaux de l’or noir, mais aussi à la décision de l’Opep de maintenir une politique stricte de quotas de production pour les pays exportateurs.

 

Petit rappel : qu’est-ce que le pétrole ?

Le pétrole est une huile minérale faisant partie de la catégorie des énergies fossiles. Il est le fruit de la transformation lente sur plusieurs dizaines de millions d’années de matières organiques et de micro-organismes animaux et végétaux qui se déposent au fond des océans. Une fois soumis à une augmentation de la température résultant d’une hausse de pression, les couches de matières se transforment petit à petit en kérogène puis, en pétrole. Le pétrole remonte vers la surface de la terre en se faufilant entre les roches des fonds marins. Or, il se peut que le pétrole ne puisse pas remonter et se retrouve alors coincer par des roches perméables : c’est donc sur ces sites que les compagnies pétrolières vont développer des forages afin d’exploiter son extraction. Ainsi, on peut trouver des gisements gaziers ou pétroliers partout sur la planète, en mer comme sur terre.

A partir des années 50, le pétrole s’est imposé comme la première source d’énergie dans le monde. Aujourd’hui, il remplit plus de 30% des besoins énergétiques mondiaux. Pour l’instant, il reste vu comme un composant irremplaçable pour la conception d’un très grand nombre de produits de notre vie quotidienne : peinture, colorants, matières plastiques, etc. C’est la principale matière première des carburants qui alimentent les différents transports (avions, camions, voitures). Il peut aussi être utilisé comme combustible pour le chauffage, mais son utilisation reste limitée. Il ne représente en effet que 4,6% de l’électricité mondiale. « La fin du pétrole n’est pas pour tout de suite, même si son déclin relatif est déjà entamé », affirme Olivier Lejeune, analyste à l’Agence Internationale de l’Energie (AIE). « Le pétrole reste l’énergie numéro un, même s’il commence à perdre des parts de marché du fait de l’ambition de nombreux pays de faire baisser la part des énergies fossiles dans leur bouquet énergétique », poursuit-il

Aujourd’hui, le nombre de gisements rentables s’élève à environ trente, allant de quelques dizaines pour certains, à plus de centaines de kilomètres carrés, parmi lesquels on peut dénombrer près de 500 gisements dits « géants » (dont les réserves sont supérieures à 70 millions de tonnes), et une soixantaine de gisements appelés « super-géants » (réserves supérieures à 700 millions de tonnes). Cependant, les gisements de pétrole sont en grande partie regroupés en une seule zone : 60% des « super-géants » se situent au Moyen-Orient et représentent 40% des réserves prouvées de la planète. Aujourd’hui, les deux tiers des réserves mondiales de pétrole sont concentrés au Moyen-Orient.

 

Un prix au plus haut depuis près de deux ans.

L’année 2020 a été particulièrement noire pour les compagnies pétrolières. En effet, BP le géant britannique des hydrocarbures, a enregistré en 2020 une perte nette de plus de 20 milliards de dollars. De même pour l’Américain ExxonMobil qui lui aussi a atteint la plus lourde perte de son histoire, soit environ 22,4 milliards de dollars.

Cependant, alors que le cours du pétrole s’était effondré avec une chute de la consommation générale dû à la crise du Covid-19, depuis le début de l’année 2021, il a regagné près de 50% de son prix repassant à un niveau jamais atteint depuis 2018.

On peut expliquer cette reprise par plusieurs éléments.

  • Tout d’abord, une future forte reprise de l’économie mondiale. Avec les campagnes de vaccination dans l’ensemble du globe qui sont mises à l’honneur, une reprise économique est plus qu’espérée par l’ensemble des pays.
  • Aussi, par le rétablissement du trafic aérien avec l’arrivée de la période estivale et surtout de la levée progressive de l’ensemble des restrictions sanitaires.
  • Enfin, par le fait que les pays de l’Opep négocient davantage sur le front de la production.

D’après les analyses, on évoquerait à nouveau un baril à 100 dollars dès 2022. Après un début d’année 2020 noire pour le pétrole avec un effondrement du cours des prix du baril qui est allé jusqu’à perdre plus de 71%, celui-ci est reparti à la hausse en ligne droite à partir du point bas de mars 2020, engrangeant depuis près de 320%, et un plus de 45% depuis le début 2021. Dans son dernier rapport sur le pétrole publié début juin, l’AIE a affirmé que « après une baisse record de 8,6 millions de barils par jour (mb/j) en 2020, la demande mondiale de pétrole devrait rebondir de 5,4 mb/j en 2021 et de 3,1 mb/j supplémentaires l’année prochaine ». Selon l’organisation, la demande de pétrole aura dépassé les niveaux avant Covid-19 pour atteindre le nouveau record de 100,6 millions de barils/jours engloutis dès la fin 2022.

 

Des tensions palpables entre les pays de l’Opep+

Depuis 2018, l’Opep+ (Organisation des pays exportateurs de pétrole) a mis en place une politique de limitation de la production de pétrole afin de réguler plus facilement les prix de ce dernier. Trois pays membres sont exemptés de quotas au vu des difficultés politiques et économiques de leurs pays : le Venezuela, la Libye et l’Iran. Confrontés à une baisse draconienne de la demande, les pays producteurs de pétrole ont été contraints de limiter encore plus leur activité avant de la reprendre progressivement depuis mai à la faveur d’une reprise. Les 24 pays membres de l’Opep+ avaient pour objectif d’augmenter leur production d’au moins 400.000 barils par jour entre les mois d’août et de décembre.

A savoir : le rôle principal de l’Opep est bien entendu de réguler la production et le prix du pétrole en coordonnant les efforts réalisés par ses pays membres avec notamment la mise en place de quotas de production. Actuellement, on compte 14 pays membres de l’Opep : Algérie, Angola, Gabon, Libye, Nigeria, Guinée Equatoriale, République du Congo, Equateur, Venezuela, Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Irak, Iran et Koweït. A partir de 2016, afin d’élargir l’envergure, l’Opep crée un groupe annexe, l’Opep+, qui englobe donc les 14 pays précédents, auxquels viennent s’ajouter les 10 suivants : Russie, Mexique, Kazakhstan, Azerbaïdjan, Bahreïn, Brunei, Malaisie, Oman, Soudan et Soudan du Sud.

Cependant, tous les pays ne semblent pas satisfaits des termes de l’accord. Cette fois-ci, la contestation est venue des Émirats Arabes Unis, entraînant un lourd retard dans les négociations des accords. Le pays demande en effet une révision de son volume de référence qui donne son niveau de production actuel et à venir. Aujourd’hui, il s’élève à 3,17 millions de barils par jour. Or cela ne reflète pas sa pleine capacité : en avril 2020, face à la crise provoquée par le Covid-19, sa production a su s’élever à 3,8 millions de barils par jour. Par comparaison, les deux mastodontes de l’alliance, l’Arabie Saoudite et la Russie, disposent du même niveau de référence s’élevant à 11 millions de barils par jour. Le dimanche 4 juillet, le gouvernement émirati a affirmé « Le comité ministériel conjoint de suivi (JMMC) n’a malheureusement proposé qu’une seule option, à savoir d’accroître la production à condition de prolonger l’accord actuel, ce qui prolongerait le volume de production de référence injuste des Émirats jusqu’en décembre 2022 au lieu d’avril 2022. Les Émirats sont prêts à prolonger l’accord, si nécessaire, mais demandent que les volumes de production de référence soient revus (à la hausse) afin de s’assurer qu’il soit équitable pour toutes les parties »

Abou Dhabi bloque ainsi seule l’accord en le décrivant comme « injuste » et demande des termes qui lui seront plus favorables. Cet agacement s’explique aussi par le fait que ces dernières années, les Émirats Arabes Unis, avec l’aide du géant français Total, ont drastiquement investi pour augmenter leurs capacités d’extraction, et souhaiteraient donc pouvoir les utiliser à leur pleine capacité. Cependant, si les Émirat Arabes Unis se prononcent pour une hausse de la production, cela poserait un autre problème majeur : ils s’opposeraient alors à l’idée des autres pays de l’Opep+ de prolonger l’accord jusqu’à fin 2022. Ainsi, une rupture avec l’organisation empêcherait les Emirats de recalculer les quantités de pétrole qu’ils peuvent produire, et donc les priverait d’une de leurs sources principales de revenu.

Si Abou Dhabi bloque les négociations en cours encore une fois à la reprise des négociations ce lundi 5 juillet, cela pourrait créer une explosion sans précédent du cours de l’or noir et donc mettre en péril la reprise post-pandémique pour l’ensemble des pays exportateurs.

 

Une énergie de moins en moins attirante

On assiste depuis quelques années à un déclin de l’engouement pour le pétrole, y compris chez les groupes pétroliers. A titre informatif, BP a pour objectif d’ici 2030 de multiplier par dix ses investissements dans les énergies à faibles émissions carbone, afin d’atteindre 5 milliards de dollars par an. Quant à lui, ExxonMobil a fondé un pôle d’activités tourné autour des énergies moins polluantes. Par ailleurs, le français Total, devenu de façon révélatrice TotalEnergies, multiplie les acquisitions dans les énergies renouvelables. Selon un rapport du FIE (Forum International de l’Énergie), en 2020, les investissements dans le pétrole et le gaz ont chuté de 34%, atteignant leur niveau le plus bas depuis 2004.  Il est aussi certain que la crise du Covid-19 n’arrange pas les choses pour les producteurs de pétrole.

Par ailleurs, les plans de relance des différents pays s’inscrivant davantage dans une optique d’une économie dite verte, un monde moins dépendant du pétrole se profile devant nous. De plus, les énergies renouvelables deviennent de plus en plus compétitives et donc intéressantes pour l’ensemble des pays producteurs d’énergies. D’après un rapport émis par l’Agence Internationale pour les Energies Renouvelables (IRENA), le coût de l’énergie photovoltaïque a baissé de 82% en 2019 par rapport à 2010, de 47% pour l’énergie solaire à concentration, de 39% pour l’éolien terrestre et de 29% pour l’éolien offshore.

On notera toutefois que même si le pétrole voit sa notoriété faiblir depuis quelques années, il a encore beaucoup d’avenir dans un autre secteur : la pétrochimie, la fabrication des colles, plastiques solvants, qui utilisent le pétrole comme matière première.

 

D’un point de vue technique

Après une chute historique qui l’a mené vers les 16 dollars en avril 2020, le baril de Brent a initié un rebond majeur qui lui a permis de revenir au-dessus de l’overlap clé des 45,5 dollars (niveau correspondant également à un gap majeur). Au regard de l’intensité dudit rebond, on peut désormais viser les prochains objectifs de projection sur les 86 dollars le baril, voire jusqu’aux 100 dollars en extension. Scénario valide tant que le point pivot des 60 dollars ne sera pas enfoncé, et sans écarter un repli intermédiaire possible en pullback vers l’ancien seuil de résistance majeure des 71,5 dollars. Alternativement, sous les 60 dollars, on visera d’abord le support des 53,5 puis l’overlap des 45,5 dollars.

 

 

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Réalisé par Roxane Bass, avec l’aide de Marc Dagher

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